Diaspora marocaine : au delà des transferts, un levier d’investissement pour le Royaume

Diaspora marocaine : au delà des transferts, un levier d’investissement pour le Royaume

Plus de cinq millions de Marocains résident aujourd’hui à l’étranger, formant une diaspora qui constitue l’un des piliers économiques et humains essentiels du Maroc. Cette communauté, longtemps perçue principalement à travers le prisme des transferts de fonds, s’impose désormais comme un acteur majeur de l’investissement et du développement dans le Royaume.

Un poids démographique et économique considérable

Selon les données officielles du ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger, la diaspora marocaine compte plus de cinq millions de personnes réparties principalement en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen Orient. Ces chiffres font de la communauté marocaine l’une des plus importantes diasporas du monde arabe et africain.

Les transferts de fonds effectués par les Marocains du monde ont atteint près de 11 milliards d’euros en 2022, selon la Banque mondiale. Mais au delà de ces flux financiers directs, l’impact économique de la diaspora s’étend désormais à l’investissement productif, à la création d’entreprises et au transfert de compétences.

Un changement de paradigme vers l’investissement productif

Les autorités marocaines observent une évolution significative dans le comportement des membres de la diaspora. De plus en plus de Marocains établis à l’étranger ne se contentent plus d’envoyer de l’argent à leurs familles. Ils investissent dans des projets immobiliers, agricoles, industriels et technologiques au Maroc.

En 2023, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a publié un rapport soulignant que les investissements directs étrangers (IDE) en provenance de la diaspora représentaient environ 10 % du total des IDE reçus par le Maroc. Ce chiffre est en progression constante depuis 2015, selon les statistiques de l’Office des changes.

Des initiatives institutionnelles pour accompagner la diaspora

Le gouvernement marocain a mis en place plusieurs mécanismes pour encourager et faciliter ces investissements. La Caisse centrale de garantie (CCG) propose des garanties de prêts pour les projets portés par les Marocains du monde. La Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD) soutiennent également des programmes de formation et d’accompagnement destinés aux entrepreneurs de la diaspora.

Le ministère délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Marocains résidant à l’étranger, a lancé en 2022 une plateforme numérique dédiée à l’orientation et à l’assistance des investisseurs potentiels. Cette initiative vise à simplifier les démarches administratives et à fournir des informations actualisées sur les opportunités d’investissement dans les différentes régions du Maroc.

Des secteurs ciblés par les investissements de la diaspora

Les analyses sectorielles montrent que l’immobilier reste le secteur le plus prisé par les investisseurs de la diaspora, représentant environ 40 % des investissements immobiliers étrangers au Maroc, selon la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI). Cependant, l’agriculture, les énergies renouvelables, le tourisme et les technologies de l’information gagnent en importance.

Dans la région de Souss Massa, plusieurs projets agricoles portés par des Marocains de France et d’Espagne ont vu le jour depuis 2020, avec un accent sur l’irrigation durable et l’exportation de produits biologiques. Dans le secteur technologique, des start up fondées par des membres de la diaspora ayant travaillé dans la Silicon Valley ou en Europe se développent dans les pôles technologiques de Rabat, Casablanca et Marrakech.

Des retombées sociales et culturelles au delà de l’économie

Au delà des chiffres, l’engagement de la diaspora a des répercussions sociales importantes. De nombreuses associations de Marocains du monde financent des projets d’infrastructure, des bourses d’études et des programmes de formation professionnelle dans les régions d’origine de leurs membres. Ces initiatives contribuent à réduire les disparités régionales et à renforcer le tissu social local.

Le transfert de compétences est également mis en avant par les experts. Des ingénieurs, médecins, chercheurs et cadres dirigeants de la diaspora participent régulièrement à des missions de conseil et de formation au Maroc, dans le cadre de programmes de coopération technique soutenus par l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI).

Les prochaines étapes prévoient la mise en œuvre de la stratégie nationale pour la diaspora, annoncée en 2023 par le Premier ministre. Cette stratégie devrait inclure la création d’un guichet unique pour les investisseurs de la diaspora, l’extension des garanties de crédit à de nouveaux secteurs, et le renforcement des dispositifs de reconnaissance des diplômes et compétences acquis à l’étranger. Les autorités tablent sur une augmentation de 15 % des investissements de la diaspora d’ici 2026, sous réserve de l’adoption des textes d’application attendus avant la fin de 2024.

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