Les exportations marocaines de fraises fraîches connaissent un recul pour la quatrième campagne consécutive, selon les données publiées par EastFruit. Le Maroc n’a exporté que 3 200 tonnes de fraises fraîches durant les sept premiers mois de la campagne 2024-2025, soit une baisse de 15 % par rapport à la campagne précédente.
Cette tendance à la baisse s’inscrit dans un contexte de concurrence accrue sur les marchés européens, notamment de la part de l’Espagne, ainsi que d’une demande intérieure en croissance. Les producteurs marocains subissent également les conséquences de conditions climatiques moins favorables, avec des épisodes de sécheresse ayant réduit les rendements dans plusieurs régions clés.
Les causes du repli
Plusieurs facteurs expliquent cette chute des volumes exportés. La hausse des coûts de production, liée à l’irrigation et aux intrants, a réduit la compétitivité des fraises marocaines sur le marché international. En parallèle, les exportateurs doivent faire face à des normes sanitaires et phytosanitaires européennes de plus en plus strictes.
Les données d’EastFruit indiquent que la part du Maroc dans les exportations mondiales de fraises fraîches est passée de 4,5 % lors de la campagne 2020-2021 à 2,8 % actuellement. Cette perte de parts de marché s’est accélérée depuis deux ans.
Un changement de cap stratégique
Face à ces difficultés, la filière marocaine de la fraise opère une réorientation. De plus en plus d’agriculteurs et d’exportateurs se tournent vers les fraises congelées, un segment où les marges sont plus stables et où la demande européenne reste forte. Les exportations de fraises congelées ont progressé de 22 % sur la même période, atteignant 1 800 tonnes.
Par ailleurs, plusieurs coopératives investissent dans la transformation locale pour valoriser la production. Des unités de surgélation et de fabrication de purées de fruits ont été mises en service dans les régions de Loukkos et du Gharb, principales zones de production.
Les implications pour l’économie locale
Cette transition a des répercussions sur l’emploi et les revenus dans les zones rurales. La culture de la fraise emploie directement environ 25 000 personnes au Maroc, principalement des femmes. Le recul des exportations de fraises fraîches réduit les volumes de cueillette et de conditionnement, ce qui affecte les saisonniers.
Les autorités locales et les organisations professionnelles tentent d’accompagner cette mutation. Le ministère de l’Agriculture a mis en place des programmes de formation à la transformation agroalimentaire, tandis que l’Office national du conseil agricole encourage la diversification des débouchés.
Perspectives pour la filière
Les experts estiment que la tendance à la baisse des exportations de fraises fraîches pourrait se poursuivre à court terme. La montée en puissance des fraises congelées et transformées devrait néanmoins compenser une partie des pertes. Les prochaines campagnes dépendront de l’évolution des coûts de production et des conditions météorologiques.
Selon les projections d’EastFruit, la filière marocaine devrait continuer à se réorienter vers les produits transformés, avec une croissance attendue de 10 % par an pour les exportations de fraises congelées. Les décisions d’investissement dans les infrastructures de transformation et de logistique seront cruciales pour maintenir la compétitivité du secteur.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire