Bank Al-Maghrib souligne la nécessité de transformer la croissance économique en progrès social

Bank Al-Maghrib souligne la nécessité de transformer la croissance économique en progrès social

Dans son rapport annuel sur l’exercice 2025, Bank Al-Maghrib (BAM) a livré une analyse détaillée de la conjoncture économique nationale, assortie d’un message stratégique : le Maroc aborde désormais une phase inédite de son développement. Au-delà des indicateurs macroéconomiques, l’institution monétaire insiste sur l’urgence d’articuler la croissance avec une amélioration tangible des conditions de vie de la population.

Un diagnostic économique partagé

Le rapport, présenté vendredi à Rabat par le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, met en avant une reprise économique globale en 2025. La croissance du produit intérieur brut (PIB) est estimée à 3,8 %, portée par la consommation des ménages et les exportations agricoles. Toutefois, l’inflation, bien que ralentie à 2,4 % en moyenne annuelle, continue de peser sur le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes.

Le document relève également une amélioration du déficit budgétaire, ramené à 4,2 % du PIB, grâce à une meilleure mobilisation des recettes fiscales et à une maîtrise des dépenses publiques. Le taux de chômage demeure cependant élevé, à 11,8 %, avec des disparités marquées entre les zones urbaines et rurales.

Les priorités sociales mises en avant

Dans ses déclarations, Abdellatif Jouahri a insisté sur le fait que la croissance économique doit désormais se traduire par des progrès mesurables dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la santé. « Il ne suffit pas d’afficher des chiffres positifs ; il faut que ces résultats bénéficient concrètement aux citoyens », a-t-il déclaré, citant les chantiers de la généralisation de la protection sociale et de la réforme du système éducatif.

Le rapport souligne que les transferts sociaux, notamment les allocations familiales et les aides directes aux personnes vulnérables, ont été renforcés en 2025, atteignant 18 milliards de dirhams. Toutefois, l’efficacité de ces dispositifs doit être améliorée pour réduire les inégalités territoriales.

Les défis structurels à relever

Bank Al-Maghrib identifie plusieurs freins à une croissance inclusive. Parmi eux, la persistance d’un secteur informel représentant environ 35 % de l’économie, le manque de compétitivité des petites et moyennes entreprises (PME), et la vulnérabilité aux chocs climatiques qui affecte l’agriculture, premier employeur du pays.

Le rapport appelle à une accélération des réformes structurelles, notamment dans les domaines de la justice, de la gouvernance des entreprises publiques et de la digitalisation des services administratifs. Il recommande également de renforcer les mécanismes de financement de l’économie sociale et solidaire.

Les perspectives monétaires et financières

Sur le plan monétaire, Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,75 %, après plusieurs ajustements à la baisse en 2024. L’institution prévoit une inflation stable autour de 2,2 % en 2026, sous réserve de l’évolution des cours des matières premières et des tensions géopolitiques internationales.

Les réserves de change du Maroc sont jugées confortables, à 340 milliards de dirhams, couvrant près de cinq mois d’importations. Le rapport encourage toutefois une diversification des sources de financement extérieur et une gestion prudente de la dette publique, qui s’établit à 68 % du PIB.

Vers une mise en œuvre accélérée

Le wali de la banque centrale a annoncé que des groupes de travail interministériels seront constitués pour élaborer des feuilles de route sectorielles, notamment pour l’emploi des jeunes et l’accès aux services de base en milieu rural. Un premier bilan de ces actions est attendu lors de la prochaine réunion du conseil d’administration de BAM, prévue en juin 2025.

Le rapport sera transmis au gouvernement et au Parlement, afin d’alimenter les débats sur le projet de loi de finances 2026. Bank Al-Maghrib prévoit également de publier des indicateurs trimestriels de suivi des progrès sociaux, une première dans l’histoire de l’institution.

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