Le gouvernement marocain a présenté, dans le cadre de la feuille de route 2030, un ensemble de mesures visant à relever le défi de l’insertion des jeunes sans emploi et ne bénéficiant d’aucun programme éducatif ou de formation. Cette catégorie, souvent désignée par le sigle NEET (Not in Education, Employment, or Training), constitue une priorité nationale en raison de son poids démographique et de ses implications économiques et sociales.
Un constat alarmant sur la situation des jeunes
Selon les données officielles publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans avoisine 35 % en milieu urbain. Plus préoccupant encore, environ 1,5 million de jeunes Marocains se trouvent en situation de NEET, soit près d’un quart de la tranche d’âge concernée. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes femmes, qui représentent près de 70 % de cette population inactive.
Cette situation résulte de plusieurs facteurs structurels, notamment l’inadéquation entre les formations proposées et les besoins du marché du travail, la faiblesse de l’orientation professionnelle, ainsi que la persistance d’un secteur informel qui absorbe une main-d’œuvre peu qualifiée sans offrir de perspectives stables.
Les axes de la feuille de route 2030
La feuille de route 2030, élaborée par le ministère de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences, repose sur trois principaux axes. Le premier vise à renforcer l’employabilité des jeunes à travers des programmes de formation professionnelle accélérée dans les métiers porteurs, notamment dans le numérique, l’agriculture, le tourisme et les énergies renouvelables.
Le deuxième axe concerne l’appui à la création de très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), avec un accompagnement personnalisé, un accès facilité au financement et un allègement des procédures administratives. Le troisième axe prévoit la mise en place d’un système national d’information sur le marché du travail, afin d’orienter les jeunes vers des secteurs en tension et d’adapter les formations aux besoins réels des entreprises.
Des programmes déjà lancés
Certaines mesures ont déjà été engagées à titre pilote. Le programme « Awrach », lancé en 2022, a permis de créer des opportunités d’emploi temporaire dans les secteurs public et privé, tout en offrant une formation de base aux bénéficiaires. Selon le ministère, plus de 22 000 personnes ont été intégrées dans le cadre de ce dispositif, avec un taux de rétention d’environ 60 % à l’issue des contrats.
De même, le programme « Forsa » a été déployé pour soutenir les porteurs de projets. Il a mobilisé, jusqu’à présent, plus de 500 millions de dirhams de financement, au profit de près de 7 000 jeunes entrepreneurs, dont 35 % de femmes. Ces initiatives, bien que saluées par les acteurs économiques, demeurent insuffisantes par rapport à l’ampleur des besoins, selon plusieurs observateurs.
Les défis de mise en œuvre
La réussite de la feuille de route 2030 dépendra de plusieurs facteurs. D’une part, un financement pérenne et des mécanismes de suivi efficaces sont indispensables pour éviter la dispersion des ressources. D’autre part, l’implication des collectivités territoriales et du secteur privé sera déterminante pour territorialiser les politiques de l’emploi et les adapter aux spécificités locales.
Les experts soulignent également la nécessité de renforcer la qualité de l’enseignement et de la formation professionnelle, en amont, afin de prévenir le décrochage scolaire qui alimente le vivier des NEET. Des partenariats avec les universités et les centres de formation sont envisagés pour développer des filières courtes et certifiantes, répondant aux besoins immédiats du marché.
Calendrier et perspectives
Selon le calendrier officiel, une évaluation à mi-parcours de la feuille de route est prévue pour 2026. Cette étape permettra de mesurer les progrès réalisés en termes de réduction du taux de NEET, d’augmentation du taux d’emploi des jeunes et de création d’entreprises viables. D’ici 2030, l’objectif affiché est de faire baisser de moitié le nombre de jeunes en situation de NEET et d’intégrer durablement au moins 500 000 jeunes dans le marché du travail chaque année.
Les prochaines étapes devraient également inclure la généralisation progressive du programme « Awrach » à l’ensemble des provinces et préfectures du Royaume, ainsi que la mise en place d’un guichet unique numérique pour simplifier les démarches des jeunes candidats. Les autorités entendent également renforcer la coopération avec les partenaires internationaux, notamment l’Union européenne et la Banque mondiale, pour mobiliser des financements supplémentaires et bénéficier d’une expertise technique en matière de politiques actives de l’emploi.
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