Mobilisation à Berne pour la défense de la neutralité suisse avant la votation du 27 septembre

Mobilisation à Berne pour la défense de la neutralité suisse avant la votation du 27 septembre

Environ un millier de personnes se sont rassemblées samedi devant le Palais fédéral à Berne, à l’appel des partisans d’une initiative populaire réclamant une neutralité stricte pour la Suisse. Cette mobilisation intervient à un mois du scrutin national prévu le 27 septembre, qui déterminera si ce principe fondateur de l’identité helvétique doit être inscrit dans la Constitution sans exception.

Les manifestants, en majorité des retraités, brandissaient des banderoles proclamant « Non à l’Otan ! », « Oui à la neutralité suisse ! » ou encore « La neutralité est notre force ». Ils entendaient exprimer leur opposition à la coopération du gouvernement avec l’Alliance atlantique et son alignement sur les sanctions européennes contre la Russie.

Une initiative pour une neutralité sans faille

L’initiative intitulée « Sauvegarder la neutralité suisse », portée par l’organisation souverainiste Pro Suisse, a recueilli le nombre de signatures nécessaires pour déclencher une votation populaire. Le texte demande que la Constitution garantisse que la neutralité s’applique désormais « sans exception ». Concrètement, il empêcherait tout rapprochement supplémentaire avec l’Otan, exclurait toute alliance militaire, sauf en cas d’attaque extérieure, et interdirait l’imposition de sanctions, à moins qu’elles ne soient décidées par les Nations unies.

Eric Lehman, ingénieur de 61 ans venu de Lugano, dans le canton du Tessin, a justifié sa présence en ces termes : « Nous avons toujours été neutres et je ne comprends pas où va notre gouvernement. Il prend position, alors que je ne pense pas qu’il le devrait. » Il a ajouté : « Je suis totalement opposé à Poutine et à ce qu’il a fait. Mais malgré tout, je pense que le gouvernement doit rester neutre. »

Des soutiens de poids et des voix critiques

Parmi les intervenants à la tribune figuraient des experts, un ancien officier des renseignements, un politologue et plusieurs élus. L’ancien expert de l’ONU Alfred de Zayas a estimé que « la politique étrangère suisse a pour conséquence que la Suisse n’est plus perçue dans le monde comme un État neutre ». L’ancien diplomate Jean-Daniel Ruch a souligné que « la neutralité fait partie de l’identité suisse, or la neutralité est utile à la Suisse et est utile aussi à l’Europe et au monde ».

Reconnue comme pays neutre par la communauté internationale depuis 1815, la Suisse pratique une neutralité permanente et armée. Cependant, la guerre menée par la Russie en Ukraine a relancé les débats sur sa non-participation aux conflits étrangers. Pour M. Ruch, la Suisse doit renouer avec son rôle de médiatrice : « Là, on a l’occasion de redonner de la crédibilité à la neutralité. » Il a également critiqué une approche sélective du droit international : « Notre boussole doit être le respect du droit international. Et on l’a perdue ces dernières années, en prenant des positions très fortes contre la Russie, mais à l’inverse, des positions extrêmement faibles contre Israël, qui viole le droit international autant que la Russie. »

Le gouvernement et les partis majoritaires opposés

Bien que les Suisses soient très largement attachés à leur neutralité, le gouvernement et le Parlement ont rejeté la proposition, la jugeant trop dogmatique et contraignante dans un contexte géopolitique tendu. La plupart des grands partis politiques, à l’exception de l’Union démocratique du centre (UDC, droite populiste), première force politique du pays, se sont prononcés contre, estimant que l’initiative affaiblirait la capacité d’adaptation de la politique étrangère suisse.

Le rassemblement de samedi a été co-organisé par l’ONG « Public Eye on Science », connue pour ses critiques des sanctions contre la Russie et des mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Ces dernières semaines, des médias suisses ont évoqué une possible influence russe derrière cette campagne, certains opposants la qualifiant d’« initiative Poutine ». Jean-Daniel Ruch a balayé ces allégations, affirmant : « Franchement, je crois que le peuple suisse n’a pas besoin des conseils de la Russie », et appelant à ne pas « diaboliser le débat ».

Barbara, comptable de 51 ans venue de Winterthur, près de Zurich, a résumé l’état d’esprit des partisans : « L’important est d’avoir la paix partout dans le monde », ajoutant que la Suisse doit y contribuer.

Le scrutin du 27 septembre s’annonce comme un test majeur pour l’avenir de la neutralité suisse. Les résultats détermineront si ce principe sera constitutionnalisé dans sa forme la plus stricte ou si le pays conservera une marge de manœuvre dans sa politique étrangère, alors que les tensions géopolitiques mondiales persistent.

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