La Ligue marocaine de défense des droits de l’Homme (LMDDH) a publié, mercredi lors d’une conférence de presse, un rapport détaillant des cas présumés d’abus liés aux tentatives de franchissement des enclaves de Sebta et Melilla, survenues les 30 et 31 juillet. L’organisation non gouvernementale réclame l’ouverture d’enquêtes officielles indépendantes pour faire la lumière sur ces événements qui ont conduit à la mort de plusieurs migrants.
Dans ce document, la LMDDH affirme avoir recueilli des informations faisant état de « bruits de tirs à balles réelles » lors des opérations collectives de franchissement vers les deux enclaves occupées. L’ONG précise que ces allégations devraient être vérifiées par une enquête judiciaire afin de déterminer si des décès sont imputables à l’usage d’armes réglementaires, et d’établir les responsabilités.
Un appel à la transparence sur les victimes
La Ligue demande que soit révélée « l’identité de chaque victime, le lieu et l’heure du décès, sa cause médicale, les résultats de l’autopsie, les circonstances qui l’ont précédé ainsi que l’issue de l’enquête judiciaire ». Elle insiste sur le fait que « le droit à la vie ne signifie pas seulement s’abstenir de tuer arbitrairement une personne, mais impose aux États une obligation positive d’anticiper les risques et de les prévenir, d’organiser les opérations de sauvetage, d’évacuation et de secours, et d’intervenir immédiatement lorsque la noyade, les bousculades ou les chutes sont prévisibles ».
L’organisation dénonce également « la grande contradiction » entre les différents chiffres officiels communiqués sur le nombre de décès. Selon elle, il ne s’agit pas d’une « simple divergence comptable pouvant être tranchée en choisissant le chiffre le plus élevé ou le plus bas », car « derrière chaque chiffre se trouve un être humain qui a un nom, un visage, une famille et un droit non négociable à connaître son sort ».
Des allégations d’usage disproportionné de la force
Le rapport fait état d’« allégations sérieuses concernant l’usage de la force par des services de sécurité marocains et espagnols, notamment des coups, des coups de pied, des jets de pierres ainsi que des traitements cruels ou dégradants ». Le président de la LMDDH, Adel Chikito, a indiqué que l’organisation avait « documenté des images et des témoignages nécessitant un examen technique et judiciaire indépendant afin de déterminer le lieu et l’heure de chaque incident, l’identité des intervenants, la chaîne de commandement et la proportionnalité des moyens employés par rapport au danger existant ».
M. Chikito a toutefois reconnu le droit des États à « protéger leurs frontières, d’empêcher les franchissements forcés et de protéger les populations, les biens et les forces de sécurité », tout en soulignant que « la légitimité de l’objectif ne rend pas tous les moyens légitimes ». Il a ajouté que « la force ne doit être utilisée qu’en cas de nécessité, de manière proportionnée et après épuisement des moyens les moins dommageables, tout en garantissant les secours, la documentation des faits et la reddition de comptes ».
Des violences également attribuées à certains migrants
Le rapport reconnaît également que certains participants aux tentatives de franchissement ont commis des actes de violence, notamment des « jets de pierres, de dégradations de biens, de véhicules incendiés et des blessés parmi les forces publiques et les citoyens ». La LMDDH affirme que sa position est claire sur ce point : « aucune protection des droits humains ne saurait soustraire l’auteur d’un crime à sa responsabilité, et il ne peut être justifié de s’en prendre aux habitants, aux agents de sécurité ou aux biens ».
Le rapport soulève en outre des questions sur la coordination entre les hôpitaux, la police, le parquet, les autorités frontalières et les institutions chargées de la conservation des dépouilles. Selon Adel Chikito, la contradiction des chiffres témoigne d’un dysfonctionnement de cette coordination.
La LMDDH appelle à « l’ouverture d’une enquête rapide, indépendante et efficace sur tout décès susceptible d’être lié à l’usage de la force, à des poursuites, à un retard dans les secours ou à un manquement dans la mise à disposition des moyens nécessaires ». Elle demande également que les circonstances individuelles de chaque décès soient établies, plutôt que de se contenter d’annoncer que la plupart des victimes sont mortes noyées.
Aucune annonce officielle n’a pour l’instant été faite concernant l’ouverture de telles enquêtes. Les autorités marocaines et espagnoles n’ont pas réagi publiquement aux conclusions de ce rapport à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire