Ammoniac vert marocain : premiers enseignements du test européen RFNBO

Ammoniac vert marocain : premiers enseignements du test européen RFNBO

Bruxelles a récemment soumis l’ammoniac vert marocain à un premier test grandeur nature dans le cadre de la réglementation européenne sur les carburants non biologiques d’origine renouvelable (RFNBO). Les résultats de cette évaluation, attendus par les acteurs industriels et les autorités marocaines, apportent un éclairage technique sur la conformité de ce produit aux critères stricts de l’Union européenne.

Ce test intervient dans un contexte où le Maroc ambitionne de devenir un exportateur majeur d’hydrogène vert et de ses dérivés, notamment vers le marché européen. La réglementation RFNBO, issue de la directive sur les énergies renouvelables (RED III), fixe des conditions précises pour que l’hydrogène et ses dérivés soient considérés comme « verts » et puissent bénéficier d’un accès préférentiel au marché communautaire.

Critères de durabilité en question

L’évaluation a porté sur plusieurs aspects clés, notamment la traçabilité de l’électricité renouvelable utilisée pour produire l’ammoniac, le respect du principe d’additionnalité, et la corrélation temporelle entre la production d’électricité renouvelable et la production d’hydrogène. Selon les premières informations, l’ammoniac marocain répondrait aux exigences de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie, un point central de la réglementation.

Des sources proches de l’évaluation indiquent que les installations marocaines, notamment celles situées dans la région de Guelmim-Oued Noun, ont démontré leur capacité à produire de l’ammoniac à partir d’électricité solaire et éolienne, avec un faible impact carbone. Toutefois, des questions subsistent quant à la mise en œuvre pratique de la certification et à la reconnaissance mutuelle des systèmes de contrôle entre le Maroc et l’Union européenne.

Implications commerciales pour le Maroc

Pour le Maroc, l’issue de ce test est déterminante. L’obtention d’une conformité complète avec la réglementation RFNBO ouvrirait la voie à des contrats d’exportation à long terme avec des acheteurs européens, notamment dans les secteurs de la chimie, de la fertilisation et de la navigation maritime, où l’ammoniac est considéré comme un carburant alternatif prometteur.

Selon des données récentes du ministère de l’Énergie, le Royaume prévoit de produire jusqu’à 10 millions de tonnes d’hydrogène vert d’ici 2040, dont une part significative serait convertie en ammoniac pour faciliter le transport. Le coût de production de l’ammoniac vert marocain est estimé à environ 400 à 500 dollars par tonne, un chiffre qui pourrait encore baisser grâce aux économies d’échelle et à la baisse des coûts des équipements solaires.

Les entreprises européennes, confrontées à des objectifs climatiques ambitieux, voient dans le Maroc un fournisseur potentiellement compétitif, géographiquement proche et politiquement stable. Cependant, la concurrence d’autres pays, notamment d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis ou encore d’Australie, demeure vive.

Prochaines étapes et défis

L’évaluation grandeur nature menée par Bruxelles devrait être suivie d’un rapport détaillé qui précisera les éventuelles corrections à apporter pour une conformité totale. Les autorités marocaines et les développeurs de projets ont annoncé qu’ils ajusteraient leurs procédures en fonction des recommandations européennes.

La mise en œuvre effective de la réglementation RFNBO est prévue pour 2024, avec une période transitoire jusqu’en 2028 pour certains critères. Le Maroc devra également intensifier le développement de son infrastructure de transport et de stockage de l’ammoniac, ainsi que renforcer ses capacités de certification locale pour réduire les délais et les coûts administratifs.

Des négociations bilatérales sont en cours pour conclure un accord de reconnaissance mutuelle des certificats d’origine, ce qui simplifierait les procédures. En attendant, le Maroc continue d’investir dans la recherche et le développement pour améliorer l’efficacité de ses électrolyseurs et réduire encore l’empreinte carbone de sa production.

Ce premier test grandeur nature marque une étape importante dans le processus de validation des exportations d’ammoniac vert marocain. La publication du rapport détaillé et les décisions de la Commission européenne seront suivies de près par les bailleurs de fonds, les investisseurs et les partenaires commerciaux du Royaume.

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