Le Parti de la justice et du développement (PJD) a présenté, lundi à Rabat, son programme électoral en vue des prochaines échéances. Son secrétaire général, Abdelilah Benkirane, a explicitement refusé de fixer des objectifs chiffrés concernant l’augmentation des salaires ou la réalisation d’un taux de croissance déterminé.
Invoquant la nature du système de gouvernance marocain, M. Benkirane a expliqué que ces choix tiennent compte des contraintes politiques et de la nécessité de construire des alliances gouvernementales. « Lorsque nous parlons, nous nous adressons à un peuple et à un État, et nous évoquons des questions qui doivent être adaptées à notre situation intérieure », a-t-il déclaré devant la presse.
Des engagements jugés irréalistes
Le leader du parti de la Lampe a justifié cette position par l’impossibilité d’obtenir une majorité absolue permettant d’appliquer intégralement le programme électoral. Il a souligné que « le système électoral actuel ne permet pas de disposer d’un bloc parlementaire dépassant un certain seuil », ajoutant que la répartition des sièges défavorise parfois son parti, comme à Tanger où il aurait pu obtenir quatre sièges au lieu de trois, ou à Fès où il en espérait trois au lieu de deux.
De son côté, Driss El Azami El Idrissi, membre du secrétariat général du parti, a indiqué que la formation refuse de promettre la création d’un million d’emplois pour découvrir, une fois au pouvoir, qu’elle ne peut tenir cet engagement. « Présenter de tels chiffres revient à mentir aux Marocains », a-t-il affirmé.
Un programme axé sur la gouvernance et l’équité
Le programme électoral du PJD met l’accent sur l’instauration d’une bonne gouvernance, le lien entre responsabilité et reddition des comptes, ainsi que l’exercice d’une responsabilité politique pleine devant l’opinion publique. Selon M. El Azami, la véritable gouvernance se manifeste dans la capacité à corriger les dysfonctionnements et à surmonter la faiblesse de la mise en œuvre des politiques publiques.
Sur le plan économique, le parti propose une meilleure répartition des investissements et des marchés publics, une réforme de la fiscalité et un soutien accru aux très petites et microentreprises. Le responsable a souligné le paradoxe entre l’importance des investissements au Maroc et la faiblesse des taux de croissance, ainsi que le niveau élevé du chômage. Il a attribué ce déséquilibre à la concentration des marchés publics et des partenariats public-privé, appelant à une répartition des grands projets permettant la création d’un véritable tissu entrepreneurial national.
Une gestion budgétaire équilibrée
En matière de finances publiques, le membre du secrétariat général du PJD a préconisé une gestion équilibrée des recettes et des dépenses, passant par l’instauration d’une justice fiscale et l’amélioration du rendement de l’impôt. Il a notamment évoqué une révision des taux d’imposition appliqués aux grandes entreprises par rapport aux petites structures, en insistant sur l’importance de ces dernières.
Le parti entend également défendre l’intégrité électorale, Abdelilah Benkirane estimant que « le véritable problème de la démocratie chez nous réside dans le conflit entre l’intégrité d’une part, et la manipulation d’autre part ». Il a appelé à une clarification du paysage politique face aux pratiques qu’il juge trompeuses.
Le PJD, qui a dirigé le gouvernement pendant dix ans, devra confirmer sa stratégie lors des prochaines échéances électorales. Les observateurs suivront de près la capacité du parti à traduire ces orientations en propositions concrètes dans les semaines à venir.
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