France : la colère des lycéens percute le budget 2027

France : la colère des lycéens percute le budget 2027

Le mouvement de contestation des lycéens français, parti des établissements de la banlieue parisienne, s’est étendu à plus de 1.200 lycées en une semaine, selon Reuters. Il coïncide avec la présentation du projet de budget 2027, qui prévoit 43 milliards d’euros d’économies nouvelles et la suppression de 1.588 postes d’enseignants, alors que l’Éducation nationale figure parmi les ministères épargnés par les restrictions budgétaires.

Une mobilisation qui s’élargit

À Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, les élèves du lycée Le Corbusier dénoncent l’absence d’enseignants. Selon Reuters, des cours de mathématiques, d’histoire-géographie, d’anglais et d’éducation physique n’ont pas pu avoir lieu depuis la rentrée faute de remplaçants. Dans ce département, deux tiers des lycées ont participé aux protestations le jeudi 1er octobre, d’après la CGT.

La mobilisation s’est étendue à Marseille, Strasbourg, Lille ou Tours. Reuters évoque des manifestations dans plus de 1.200 lycées au cours de la semaine. Le vendredi 2 octobre, le ministère de l’Intérieur a recensé 735 établissements perturbés, et près de 400 lycées sont restés fermés, avec des cours à distance.

Le mouvement s’accompagne toutefois de violences. Le ministre de l’Intérieur a fait état de 1.747 interpellations pour la seule journée de vendredi, plus de 5.000 depuis lundi, et de violences urbaines aux abords de 158 établissements. Trois enquêtes ont été ouvertes sur des violences policières, selon Reuters.

Reçus vendredi par le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, les représentants lycéens ont pris leurs distances avec ces violences et appelé à poursuivre des actions pacifiques.

Un contexte social tendu

Cette extension suit la journée de grève des fonctionnaires du mardi 29 septembre, à l’appel d’une large intersyndicale comprenant la CGT, FO, la CFDT, l’Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP. Enseignants, personnels hospitaliers et pompiers y ont dénoncé le projet de budget, notamment le gel du point d’indice des fonctionnaires pour la deuxième année consécutive.

Les revendications restent distinctes : moyens et conditions d’enseignement pour les lycéens, salaires pour les fonctionnaires, effectifs et matériel pour les pompiers. À Aubervilliers, une lycéenne, Livi, résume la stratégie : « si on veut être entendus, il faut être structurés ». Les organisateurs appellent à poursuivre le mouvement lors d’une mobilisation nationale prévue mardi 6 octobre.

Le budget 2027 au cœur de la tension

Le gouvernement a présenté jeudi 1er octobre son projet de budget, qui vise un déficit ramené à 5 % du PIB. Il affiche 43 milliards d’euros de mesures nouvelles, et 54 milliards en comptant la montée en charge de mesures adoptées en 2026 et auparavant.

L’Éducation nationale figure parmi les quatre ministères épargnés par le serrage de ceinture, avec la Justice, l’Intérieur et la Recherche. La mission « Enseignement scolaire » doit atteindre 65,53 milliards d’euros, soit 1,1 milliard de plus qu’en 2026.

Reuters précise toutefois que cette hausse, de 1,7 % hors pensions, reste inférieure à l’inflation, ressortie à 3,4 % sur un an en septembre selon les données provisoires de l’Insee. Édouard Geffray a assuré que l’éducation demeurait une priorité et que le niveau du budget reflétait la baisse démographique.

Le projet prévoit 1.804 créations d’emplois, dont 1.300 accompagnants d’élèves en situation de handicap, 209 conseillers principaux d’éducation et 304 postes médico-sociaux, mais le retrait de 1.588 postes d’enseignants, d’après le Café pédagogique et l’agence spécialisée AEF. Or les élèves et les enseignants réclament des professeurs, et aussi des infirmiers et des assistants sociaux, dont la pénurie est chronique selon Reuters.

Une marge budgétaire étroite

La contrainte financière est réelle. Selon l’Insee, la dette publique atteignait 3.595,5 milliards d’euros fin juin 2026, soit 119 % du PIB, contre 117,5 % trois mois plus tôt, un plus haut historique. La dette nette s’élève à 111,4 % du PIB. Le gouvernement prévoit un ratio de 121,7 % en 2027.

Reste au gouvernement à convaincre une Assemblée nationale fragmentée de voter ses textes, alors que la contestation scolaire se joue en parallèle.

La mobilisation nationale prévue le mardi 6 octobre constituera un test pour la poursuite du mouvement. Le vote du budget 2027 à l’Assemblée nationale, dont le calendrier n’a pas été précisé, déterminera l’issue des tensions entre l’exécutif et les syndicats.

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