Logement en Espagne : mobilisation massive contre la hausse des loyers et les expulsions

Logement en Espagne : mobilisation massive contre la hausse des loyers et les expulsions

Des milliers d’Espagnols ont manifesté samedi dans plusieurs villes du pays pour protester contre le rejet par les députés de deux textes législatifs destinés à renforcer la protection des locataires. Les rassemblements, organisés notamment par le Syndicat des locataires, dénoncent la flambée des loyers et la multiplication des expulsions dans un contexte de crise persistante du logement en Espagne.

Des revendications portées par la rue

Les manifestants réclament des mesures concrètes face à la hausse des loyers et aux difficultés croissantes d’accès au logement. Ils exigent notamment des contrats de location à vie, des restrictions strictes sur les augmentations de loyer et sur les locations touristiques de courte durée, ainsi qu’un investissement massif dans le logement public.

Le mouvement intervient après l’expulsion d’une femme de 87 ans, Maricarmen Abascal, du logement où elle avait vécu toute sa vie. Ce cas a profondément choqué l’opinion publique espagnole et alimenté la mobilisation.

Selon Europa Press, les organisateurs, menés par le Syndicat espagnol des locataires, ont évoqué la possibilité de nouvelles manifestations et d’une grève générale pour exiger des changements dans les politiques de logement.

Location touristique et spéculation en cause

Les observateurs pointent du doigt les locations touristiques de courte durée, telles qu’Airbnb, ainsi que les fonds d’investissement. Ces acteurs sont accusés de faire monter les prix et de réduire l’offre de logements destinés aux résidents.

Les militants dénoncent en particulier la gentrification de leurs quartiers et réclament des mesures pour freiner la spéculation immobilière.

Rejet parlementaire et tensions politiques

La mobilisation nationale fait suite au rejet par les députés de deux textes soutenus par le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez. Au Congrès, le Parti populaire (PP), Vox, Junts, le PNV, Coalición Canaria et UPN ont voté contre le décret prévoyant le renouvellement automatique du bail, jugeant les mesures « nuisibles ».

Pedro Sánchez, qui a fait une apparition surprise au Congrès, a demandé aux groupes parlementaires d’oublier les « calculs politiques et de penser au peuple ».

Alors que l’Espagne entre dans une année électorale, le PP et l’extrême droite exploitent chaque actualité pour attiser la crise contre le gouvernement et appellent à des élections anticipées. Vendredi, Alberto Núñez Feijóo, le patron du PP, a lancé : « Qu’il convoque (des élections) au plus vite, pour l’Espagne », rejetant ouvertement les deux textes qui prévoyaient l’interdiction des expulsions et le renouvellement des contrats de bail en cours.

Ampleur et réactions

La délégation gouvernementale à Madrid estime qu’environ 70 000 personnes ont participé aux manifestations dans la capitale, tandis que les organisateurs avancent le chiffre de 500 000.

Valeria Racu, porte-parole du Syndicat des locataires de Madrid, a déclaré que « quel que soit le gouvernement », les citoyens ne toléreraient pas quatre années supplémentaires sans s’attaquer au plus grand problème du pays. « C’est maintenant que commence la vraie politique, la politique qui a toujours appartenu au peuple et qui revient une bonne fois pour toutes dans les rues », a-t-elle ajouté.

Le Syndicat espagnol des locataires, l’un des organisateurs des rassemblements, a réagi au refus des partis de faire passer ces textes en signalant : « La société espagnole descendra dans la rue pour répondre. Il y a une déconnexion irréparable entre ce que veut le peuple et ce pour quoi votent les partis ».

Certaines manifestations ont été bloquées dans plusieurs villes du pays, selon les organisateurs.

Perspectives

Les organisations à l’origine de la mobilisation ont annoncé leur intention de poursuivre les actions si aucune mesure concrète n’est adoptée. La possibilité d’une grève générale demeure à l’étude, tandis que le débat parlementaire sur les politiques de logement devrait se poursuivre dans les prochaines semaines. La pression sociale pourrait s’accentuer à l’approche des échéances électorales.

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