Brésil : Flavio Bolsonaro crée la surprise et défiera Lula au second tour de la présidentielle

Brésil : Flavio Bolsonaro crée la surprise et défiera Lula au second tour de la présidentielle

Le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro a créé la surprise dimanche au premier tour de l’élection présidentielle brésilienne en devançant le président sortant de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva. Les deux hommes s’affronteront au second tour le 25 octobre prochain.

Selon les résultats portant sur près de 99 % des urnes dépouillées, Flavio Bolsonaro, âgé de 45 ans et fils de l’ancien chef de l’État d’extrême droite Jair Bolsonaro, obtient plus de 47 % des suffrages. Lula, vétéran de la gauche âgé de 80 ans, recueille près de 45 % des voix.

Ce résultat marque un écart significatif par rapport aux enquêtes d’opinion, qui prévoyaient un léger avantage pour Lula jusqu’à la veille du scrutin. Comme en 2018, les sondages ont sous-estimé la force de la droite brésilienne.

Un contexte politique tendu

Le président des États-Unis, Donald Trump, avait déclaré suivre « de très près » l’élection brésilienne, après avoir vu des alliés accéder au pouvoir en Argentine, en Colombie ou au Pérou. Il n’a pas apporté son soutien explicite à Flavio Bolsonaro, mais son influence a pesé sur la campagne, notamment par le biais de droits de douane et de sanctions imposés au Brésil depuis le procès de 2025 contre Jair Bolsonaro.

Durant la campagne, Lula, qui brigue un quatrième mandat non consécutif, avait appelé son homologue américain à ne pas « se mêler » des élections brésiliennes.

Un scrutin marqué par la lassitude des électeurs

Pour Flavio Bolsonaro, cette candidature constituait un premier essai qui s’est presque transformé en coup de maître. Il avait été désigné candidat par son père lorsque ce dernier a été condamné à 27 ans de prison pour une tentative de coup d’État contre Lula en 2022.

Parmi les quelque 160 millions d’électeurs, beaucoup ont exprimé leur lassitude face à un casting politique familier et ont dit choisir le candidat qui leur déplaît le moins.

« J’ai toujours voté pour Lula mais, une fois arrivée au bureau de vote, j’ai changé d’avis pour Bolsonaro. Juste pour essayer et voir ce que ça va donner », a déclaré à l’AFP Oscarina de Oliveira, 62 ans, auxiliaire de vie à Rio de Janeiro.

Après avoir voté dans l’État de Sao Paulo, Lula a déclaré que « le peuple devra choisir entre le renforcement du régime démocratique et la barbarie ». À la sortie de son bureau de vote à Rio, Flavio Bolsonaro a promis de « libérer le peuple brésilien », affirmant que « le Brésil a besoin de changement » et ne supporte plus « tant de souffrance, tant d’impôts élevés, tant de femmes tuées, tant de persécution politique ».

Des préoccupations divergentes

Les deux favoris avaient dit croire à une victoire dès dimanche, même si les sondages les montraient ces derniers jours encore assez loin des 50 % requis pour l’emporter au premier tour.

« Je suis très inquiète de la direction que prend le pays, parce que je veux être indépendante, je ne veux être la colonie de personne », a expliqué Maria de Nazaré Azevedo, fonctionnaire de 57 ans vivant à Rio, qui a voté à gauche.

« Nous votons pour Flavio Bolsonaro pour ne pas voter pour le PT. Ce parti a déjà passé vingt ans au gouvernement et n’a rien fait, vraiment rien », a déclaré à Brasilia Raphael Machado, avocat de 45 ans, en référence au Parti des travailleurs de Lula.

Revenu au pouvoir en 2023, Lula est reconnu pour ses programmes sociaux qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté dans les années 2000. Mais les électeurs se plaignent du coût de la vie et de la criminalité galopante. Son adversaire a promis la manière forte contre le crime et l’austérité budgétaire.

Flavio Bolsonaro n’a pas perdu pied après la révélation qu’il était visé par une enquête pour corruption et blanchiment d’argent sur le financement d’un film à la gloire de son père. La droite rappelle que Lula a passé plus de 18 mois en prison en 2018-2019 pour corruption, avant que sa condamnation ne soit annulée pour des motifs de procédure.

L’environnement, grand absent de la campagne

Dans son bilan, Lula affiche une baisse drastique de la déforestation en Amazonie, qui avait bondi sous la présidence de Jair Bolsonaro. Mais la question environnementale a brillé par son absence durant une campagne davantage marquée par les polémiques que par les projets.

« Nous, peuples autochtones, souffrons beaucoup des impacts environnementaux. Alors il est important de choisir un candidat qui défend notre territoire, qui défend la nature », a estimé Tainara da Costa Cruz, 22 ans. Membre de l’ethnie Kambeba, elle vit sur la rive du Rio Negro, près de la métropole amazonienne de Manaus, et a voté pour Lula.

Le second tour, prévu le 25 octobre, s’annonce comme un duel serré entre deux visions opposées pour le Brésil. Les deux camps ont déjà annoncé leur intention de mobiliser leurs électeurs dans les semaines à venir.

Commentaires (0)

Laissez votre commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.