Dans une tribune publiée sur la plateforme American Ambassadors Live, deux anciens diplomates américains ont analysé l’évolution de la position des États-Unis sur le dossier du Sahara occidental sur cinq décennies, culminant avec l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2025. Edward M. Gabriel, ancien ambassadeur au Maroc, et Robert M. Holle, diplomate à la retraite, retracent ce parcours dans un texte intitulé « The Long Road Toward Resolving the Western Sahara Conflict ».
Les auteurs situent l’origine du conflit au retrait de l’Espagne en 1975, suivi d’un affrontement armé entre le Maroc et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Ils rappellent que l’ONU a établi un cessez-le-feu et créé la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) en 1991. Cependant, le processus s’est rapidement enlisé en raison de désaccords profonds sur l’identification des électeurs admissibles au référendum.
L’évolution de la politique américaine
Gabriel et Holle identifient un tournant majeur en 1999, sous l’administration du président Bill Clinton. À la suite d’un réexamen interne, le département d’État américain a commencé à privilégier une solution politique négociée, fondée sur une large autonomie sous souveraineté marocaine. L’ancien ambassadeur Gabriel indique que le roi Hassan II avait montré une compréhension de cette nouvelle approche avant son décès la même année.
Le roi Mohammed VI a poursuivi cet engagement, tout en cherchant des garanties américaines concernant le respect de la souveraineté nationale. Les auteurs mentionnent également le rôle de l’ancien envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, James Baker, dont les propositions, notamment en 2003, ont créé des tensions diplomatiques.
Consolidation et reconnaissance
En 2007, le Maroc a soumis officiellement son initiative d’autonomie au Conseil de sécurité. Les États-Unis l’ont alors qualifiée de « sérieuse et crédible », un qualificatif auquel la secrétaire d’État Hillary Clinton a plus tard ajouté « réaliste ». L’évolution la plus significative est intervenue en décembre 2020, lorsque l’administration du président Donald Trump a reconnu officiellement la souveraineté marocaine sur le Sahara, dans le cadre des accords d’Abraham.
Selon les deux diplomates, cette décision a marqué une rupture avec la neutralité traditionnelle de Washington. Ils estiment que sous la présidence de Joe Biden, la position américaine est restée dans une logique de continuité stratégique, sans remise en cause formelle de cette reconnaissance.
La résolution 2797 de l’ONU
Pour Gabriel et Holle, l’adoption de la résolution 2797 en octobre 2025 constitue l’aboutissement d’un processus diplomatique engagé depuis un quart de siècle. Cette résolution a prorogé le mandat de la MINURSO et a affirmé que l’initiative marocaine d’autonomie constituait « la base réaliste » des négociations. Les auteurs considèrent que cette formulation entérine de facto l’abandon de l’option référendaire comme horizon central du processus de règlement.
Ils mettent toutefois en garde contre le risque d’un nouveau blocage si certaines parties rejettent cette évolution. Ils estiment qu’une redéfinition des formats de négociation pourrait devenir nécessaire, impliquant potentiellement une représentation plus large des populations des provinces du Sud.
Perspectives et prochaines étapes
En conclusion, les auteurs attribuent cette évolution à une diplomatie américaine soutenue à travers plusieurs administrations et à la constance stratégique du Maroc. Ils estiment que la résolution 2797 ouvre une fenêtre historique pour des négociations effectives.
Les prochaines étapes dépendront de la reprise des pourparlers sous l’égide de l’ONU, avec l’initiative d’autonomie marocaine désormais établie comme base de discussion. La communauté internationale attend des parties concernées qu’elles s’engagent dans ce cadre sans préconditions, dans l’objectif de clore l’un des plus anciens différends du continent africain. Le succès de cette nouvelle phase nécessitera un engagement constructif de tous les acteurs régionaux.
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