Rabat, Maroc – Le coût de l’eau dessalée et son impact sur les finances publiques et les ménages marocains ont été au centre d’une intervention parlementaire de l’opposition, le mercredi 12 mars 2025, à la Chambre des représentants.
La députée Salwa Demnati, membre du groupe socialiste de l’opposition Ittihadi (USFP), a alerté sur le risque de voir l’eau devenir un secteur soumis à une logique de rentabilité financière, dans un contexte marqué par l’élargissement des partenariats entre l’État et le secteur privé. Son intervention s’est déroulée lors de la discussion du rapport 2024-2025 de la Cour des comptes.
Mme Demnati a estimé que les constats dressés par l’institution au sujet de la mobilisation des ressources hydriques non conventionnelles imposent d’alerter sur le danger de voir le stress hydrique au Maroc devenir l’un des facteurs aggravant les inégalités sociales et territoriales. Cette sortie intervient alors que les projets de dessalement continuent d’alimenter une controverse politique et institutionnelle depuis plusieurs mois.
Un modèle économique sous tension
Au cœur des interrogations soulevées par la députée figure la question du financement de ces infrastructures et, surtout, celle de leur répercussion sur le prix de l’eau. S’appuyant sur les données du rapport de la Cour des comptes, elle a rappelé que le système actuel de tarification de l’eau potable ne correspond pas au coût particulièrement élevé du dessalement de l’eau de mer.
Selon elle, le rapport souligne clairement que le coût de production de l’eau dessalée reste largement supérieur au tarif actuellement appliqué à l’eau potable. Une situation qui engendre, a-t-elle affirmé, un déficit d’exploitation de plusieurs centaines de millions de dirhams.
La parlementaire s’est alors interrogée sur l’avenir de ce modèle économique : « Qui supportera ce coût à l’avenir ? L’État à travers les finances publiques ? Ou les Marocains à travers une hausse des prix de l’eau ? », a-t-elle lancé, appelant l’exécutif à apporter une réponse pratique et immédiate.
Des failles structurelles dans la gouvernance hydrique
Au-delà de la question tarifaire, Salwa Demnati a également pointé les failles structurelles de la gouvernance hydrique au Maroc. Elle a relevé que le rapport annuel de la Cour des comptes insiste sur l’absence d’une stratégie claire dédiée à la mobilisation des ressources hydriques non conventionnelles. Le document évoque également la multiplicité des acteurs et intervenants ainsi que l’absence d’un cadre institutionnel clairement défini.
Pour la parlementaire USFPéiste, ces dysfonctionnements traduisent une crise plus profonde que la seule raréfaction des ressources en eau. « Notre pays ne fait pas seulement face à une crise de l’eau, mais également à une crise de gestion et de gouvernance », a-t-elle estimé, considérant que cette situation pèse négativement sur la répartition des investissements hydriques et sur la gestion optimale des ressources disponibles.
Elle a jugé que cette problématique vient se greffer aux enjeux de justice sociale et territoriale.
Un appel à une vision globale et intégrée
Si elle a salué l’engagement du Maroc dans le développement des ressources hydriques non conventionnelles, notamment à travers les projets de dessalement, Demnati a insisté sur la nécessité d’adopter une vision plus globale et structurée. « Cela ne nous dispense pas de souligner la nécessité de mettre en place une stratégie nationale claire et intégrée dans ce domaine », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé que les années successives de sécheresse ont affecté non seulement l’économie nationale, mais également le moral des citoyens. La députée a souligné que les récentes précipitations, qui ont permis de reconstituer des réserves hydriques qualifiées d’historiques, ne doivent pas conduire à réduire la réflexion stratégique au seul dessalement de l’eau de mer.
Selon elle, ces projets doivent s’inscrire dans une vision globale à même de garantir les besoins en eau du développement agricole, industriel et social, tout en assurant une équité territoriale dans l’accès aux ressources hydriques.
Les prochains débats parlementaires devraient permettre de clarifier les positions du gouvernement sur le financement des infrastructures de dessalement et l’évolution de la tarification de l’eau potable au Maroc.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire