Enquête TALIS 2024 : Les enseignants marocains face à une charge de travail paradoxale et à des inégalités territoriales

Enquête TALIS 2024 : Les enseignants marocains face à une charge de travail paradoxale et à des inégalités territoriales

Une enquête internationale révèle que les enseignants marocains déclarent un volume horaire de travail hebdomadaire inférieur à la moyenne internationale, mais exercent dans un contexte pédagogique de plus en plus complexe et marqué par des disparités dans la répartition des ressources. Ces données, issues de l’enquête TALIS 2024, ont été présentées mardi par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS).

Selon cette étude, les enseignants du collège au Maroc déclarent travailler en moyenne 32 heures par semaine, contre 39 heures en moyenne internationale. Dans le primaire, la moyenne est de 38 heures, légèrement en dessous de la référence internationale de 40 heures.

Cette mesure ne couvre cependant pas l’ensemble des missions constitutives du métier. La préparation des cours, la correction des copies, le suivi individualisé des élèves, la coordination entre enseignants et la communication avec les familles représentent des tâches essentielles non incluses dans ce décompte horaire principal.

Une répartition inégale des enseignants

Le constat le plus marquant de l’enquête concerne la répartition des ressources humaines au sein du système éducatif public. Le CSEFRS note une concentration significative des enseignants débutants dans les établissements situés en milieu rural et dans les zones socialement fragiles.

Près de 30% des enseignants disposent de moins de six années d’expérience professionnelle. Cette situation crée un déficit relatif en encadrement par des profils expérimentés dans certains établissements, contribuant à accentuer les écarts entre les territoires.

Les élèves issus des milieux les plus vulnérables ont ainsi moins accès à un accompagnement pédagogique assuré par des enseignants aguerris, ce qui peut influer sur les apprentissages.

Un corps enseignant jeune et des défis pédagogiques complexes

Le système éducatif marocain se caractérise par un corps enseignant relativement jeune. L’âge moyen est de 39 ans dans le secondaire collégial et de 40 ans dans le primaire, contre plus de 44 ans dans les pays de référence de l’étude TALIS.

Cette jeunesse représente un potentiel en termes de dynamisme, mais pose également la question de la transmission d’expérience et de l’encadrement des nouveaux enseignants.

Dans les salles de classe, les enseignants font face à une hétérogénéité croissante des profils élèves. Ainsi, 84% des enseignants du secondaire collégial et 74% de ceux du primaire déclarent devoir gérer d’importants écarts de niveau au sein d’un même groupe.

Plus d’un tiers des enseignants exercent dans des établissements où les élèves issus de milieux défavorisés représentent plus de 30% des effectifs. Le repérage des élèves à besoins spécifiques reste limité, complexifiant la différenciation pédagogique.

Un double défi structurel

L’enquête met en lumière une tension entre les ressources humaines disponibles et les exigences du terrain. Le système éducatif marocain est confronté à un double défi.

Il doit d’une part optimiser la répartition des enseignants pour réduire les inégalités d’accès à un encadrement expérimenté entre les territoires. Il doit d’autre part adapter les pratiques pédagogiques et les soutiens apportés aux enseignants pour répondre à la complexité croissante des contextes scolaires.

La question de l’équité du système éducatif est ainsi posée. La mobilisation et la répartition des ressources enseignantes, bien que jeunes et engagées, sont déterminantes pour assurer un accès égal à une éducation de qualité pour tous les élèves.

Les résultats complets de l’enquête TALIS 2024 devraient alimenter les réflexions sur les politiques de gestion des ressources humaines dans l’éducation. Le CSEFRS et le ministère de l’Éducation nationale sont susceptibles d’annoncer des mesures ou des orientations stratégiques dans les prochains mois pour répondre aux disparités identifiées.

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