Le CESE plaide pour une refonte structurelle du transport rural marocain

Le CESE plaide pour une refonte structurelle du transport rural marocain

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté, mercredi à Rabat, un avis appelant à une refonte en profondeur du système de transport en milieu rural au Maroc. L’instance, présidée par Abdelkader Amara, décrit un secteur marqué par la précarité, la désorganisation et des inégalités territoriales persistantes, nécessitant une transformation vers un modèle intégré, durable et inclusif.

Le Conseil constate que, malgré des avancées, les disparités d’accès aux infrastructures de transport restent importantes. Le taux d’accès à une route praticable toute l’année est passé de 54% en 2005 à 81% en 2022. Cependant, ces progrès sont inégalement répartis, laissant les zones montagneuses, enclavées ou à habitat dispersé dans un isolement structurel.

Les fragilités du secteur identifiées

Le CESE pointe plusieurs fragilités majeures. Le secteur fonctionne en grande partie de manière informelle. Le parc de véhicules est vieillissant, tandis que l’offre de transport est jugée insuffisante et mal répartie sur le territoire. Un déficit en matière de sécurité routière est également relevé.

L’absence d’un cadre normatif clair, notamment pour le transport mixte largement utilisé dans les campagnes, complique la situation. Cette forme de transport, qui combine passagers et marchandises, manque de régulation adaptée.

Les axes de réforme proposés

Face à ce constat, le Conseil préconise un plan global articulé autour de plusieurs axes. Le premier concerne la modernisation et l’extension du réseau routier rural. L’objectif est d’intégrer progressivement les routes non classées et d’assurer leur maintenance à long terme pour garantir une connectivité fiable.

Sur le plan institutionnel, le CESE insiste sur l’urgence de clarifier les compétences des régions en matière de transport. Une décentralisation effective est présentée comme un levier clé pour permettre aux régions de planifier et d’organiser la mobilité à l’échelle de leur territoire, en adaptant les solutions aux réalités locales.

Le Conseil met également l’accent sur la nécessité de structurer l’offre de transport dans ses dimensions essentielles. L’amélioration du transport scolaire, sanitaire et professionnel est présentée comme une condition indispensable pour garantir l’accès aux droits fondamentaux, comme l’éducation, la santé et l’emploi.

Vers une professionnalisation et un financement durable

Pour y parvenir, le CESE appelle à une professionnalisation du secteur. Cela passe par la révision des cahiers des charges et l’introduction de normes plus strictes en matière de qualité de service et de sécurité. La mise en place de mécanismes de financement durables, capables de soutenir à la fois les infrastructures et les services, est également plaidée.

L’innovation technologique figure parmi les pistes explorées. Le Conseil recommande de développer des solutions de mobilité adaptées aux spécificités rurales, en s’appuyant sur les énergies renouvelables et les réseaux intelligents. L’intégration de véhicules conçus localement et adaptés aux contraintes géographiques est encouragée.

Le Conseil rappelle que garantir une mobilité sûre et accessible en milieu rural relève du droit fondamental à la libre circulation, consacré par la Constitution. Il souligne que le transport rural doit être considéré comme un pilier structurant des politiques publiques de développement, et non comme un simple service d’appoint.

L’avis du CESE dessine ainsi une vision globale où le transport rural devient un levier déterminant pour améliorer les conditions de vie, réduire les inégalités et renforcer la cohésion territoriale. La refonte proposée vise à repositionner le douar comme unité territoriale de référence pour mieux connecter les populations aux services et aux opportunités économiques.

Les prochaines étapes dépendront de la prise en compte de cet avis par les autorités publiques compétentes. La mise en œuvre des recommandations nécessitera une coordination entre les différents niveaux de gouvernance, ainsi que l’élaboration de plans d’action et de financements dédiés, dans le cadre des politiques de développement territorial.

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