La contestation contre le maintien permanent de l’heure GMT+1 au Maroc gagne en ampleur, avec l’entrée en scène de la Fédération nationale des propriétaires de cafés et restaurants. Dans une correspondance adressée au chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, la fédération demande l’abandon de ce fuseau horaire, invoquant ses effets négatifs sur l’activité économique et le quotidien des citoyens.
Cette mobilisation sectorielle intervient alors qu’une pétition citoyenne réclamant le retour à l’heure légale a dépassé les 312 000 signatures en ligne, selon un décompte arrêté au 27 mars. Le débat, récurrent depuis l’adoption du GMT+1 permanent en 2018, connaît ainsi une nouvelle phase, mêlant revendications économiques et mécontentement populaire.
Les arguments des professionnels
Dans son courrier, la fédération des cafetiers et restaurateurs détaille une série d’impacts attribués au décalage horaire. Elle évoque une perturbation du rythme biologique, une baisse de la productivité et une fréquentation en baisse dans les établissements, particulièrement durant la saison hivernale.
Les professionnels pointent du doigt les débuts de journée dans l’obscurité, une situation qui affecterait les habitudes de consommation et compliquerait les conditions de déplacement des travailleurs et des élèves. Au delà des considérations économiques, ils mettent en avant des répercussions sociales et psychologiques, estimant que ce fuseau horaire ne correspond pas aux réalités quotidiennes des Marocains.
La fédération questionne également la pertinence d’un choix motivé, selon les autorités, par un alignement avec certains partenaires économiques étrangers. Elle affirme que les bénéfices macroéconomiques avancés, comme les économies d’énergie ou la compétitivité avec les marchés européens, ne compensent pas les pertes subies par leur secteur sur le terrain.
Une mobilisation citoyenne structurée
Parallèlement, les initiateurs de la pétition en ligne ont annoncé le lancement officiel d’une version papier de leur texte. Cette démarche vise à régulariser leur action pour lui conférer une portée juridique, les signatures collectées sur la plateforme Change.org n’étant pas recevables au regard de la loi marocaine.
En effet, la loi organique n° 44.14 encadrant le droit de pétition impose l’utilisation exclusive de la plateforme officielle eParticipation.ma, qui exige l’identification complète des signataires. Les signatures en ligne, limitées au nom et à l’adresse électronique, sont donc considérées comme une simple expression d’opinion sans valeur formelle dans le processus institutionnel.
Le passage au format papier constitue ainsi une tentative de transformer la mobilisation populaire en levier d’action institutionnel, en vue d’un dépôt formel auprès du chef du gouvernement.
Le contexte et la réponse officielle
Depuis son adoption, le maintien du GMT+1 a régulièrement suscité des critiques, notamment lors des changements de saison. Les détracteurs invoquent constamment la perturbation des cycles de sommeil, l’impact sur la scolarité des enfants et l’inadéquation avec le rythme social du pays.
Face à ces critiques, les autorités ont toujours défendu ce choix au nom de considérations économiques stratégiques. Les cafetiers, de leur côté, regrettent l’absence de réponse à leurs précédentes sollicitations, mentionnant notamment une correspondance restée sans suite depuis octobre 2025.
La question sous jacente, souvent qualifiée de « souveraineté temporelle », place ainsi l’Exécutif face à un dilemme entre impératifs économiques, bien être social et dialogue avec les parties prenantes.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement, appelé à se prononcer sur la continuité ou le réajustement d’une mesure qui, huit ans après son entrée en vigueur, continue de diviser l’opinion et les acteurs économiques. Les prochaines semaines devraient voir la finalisation de la collecte physique des signatures de la pétition et son dépôt officiel, une étape qui pourrait contraindre l’Exécutif à une réponse formelle.
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