Rabat – Une nouvelle étude du Centre Sanabil des études et des politiques publiques (CSEPP) relance le débat sur le maintien du fuseau horaire GMT+1 au Maroc, en vigueur de manière permanente depuis 2018, à l’exception d’une suspension temporaire pendant le mois de Ramadan. Publiée en mars 2025, cette analyse croise des données scientifiques internationales avec des enquêtes locales pour évaluer l’impact du système actuel sur la santé, l’éducation et l’économie du pays.
Le choix du GMT+1, initialement justifié par des considérations économiques et un alignement sur les partenaires européens, est contesté depuis son instauration. Une pétition citoyenne et des prises de position politiques récentes ont remis la question au centre de l’espace public. L’étude du CSEPP apporte des éléments factuels pour dépasser le simple ressenti.
Des données scientifiques confirment un désalignement circadien
L’étude s’appuie sur une enquête menée par la Fédération nationale des associations de consommateurs, en partenariat avec le ministère de l’Industrie et du Commerce. Les résultats chiffrent un inconfort largement partagé par la population : sommeil perturbé, fatigue matinale, difficultés de concentration chez les élèves et désorganisation du rythme familial.
En croisant ces observations avec des travaux de recherche issus notamment de Stanford University et de l’American Academy of Sleep Medicine, le rapport met en avant le concept de désalignement circadien. Ce terme désigne le décalage entre l’horloge biologique interne et l’heure sociale imposée par la législation. Les spécialistes estiment que cette désynchronisation peut affecter la qualité du sommeil, la vigilance et, à plus long terme, la santé des individus.
Un choix géographiquement contesté
Le rapport souligne que les systèmes de changement d’heure ont été conçus pour des pays situés à des latitudes élevées, où l’écart de luminosité entre l’hiver et l’été est très marqué. Le Maroc, situé entre 30° et 35° Nord, connaît des variations saisonnières plus modérées. Le gain potentiel lié au décalage horaire apparaît donc limité, tandis que les effets négatifs sur le rythme biologique restent bien présents, en particulier en hiver lorsque le lever du soleil est retardé.
À l’échelle mondiale, la tendance est à l’abandon du changement d’heure. La majorité des pays fonctionne aujourd’hui avec une heure fixe. En Afrique, le Maroc fait figure d’exception, aux côtés de quelques rares États. Même en Europe, où le système est encore en vigueur dans plusieurs pays, le débat reste ouvert et certains pays ont déjà fait marche arrière après avoir jugé les bénéfices insuffisants.
Des gains économiques discutés
Le maintien du GMT+1 est souvent défendu pour des raisons d’alignement avec les partenaires économiques européens. L’étude reconnaît cet argument pour les secteurs tournés vers l’exportation ou les services, mais en relativise la portée. Les économies d’énergie restent faibles, autour de 0,5 % de la consommation nationale, avec un impact limité en période hivernale.
Dans le même temps, certains travaux scientifiques pointent une baisse de productivité en début de journée, liée à la fatigue accumulée. Ces éléments rejoignent les déclarations de la ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, qui avait évoqué des gains énergétiques modestes, tandis que la ministre des Finances, Nadia Fettah Alaoui, continue de défendre le dispositif pour des raisons de stabilité économique.
Vers un modèle plus souple
Plutôt que de trancher entre le maintien du système actuel et un retour pur et simple au GMT, le rapport du CSEPP propose une approche pragmatique fondée sur l’adaptation. Parmi les pistes avancées figure un retour au fuseau horaire GMT, jugé plus cohérent avec le rythme solaire, accompagné d’une flexibilité accrue pour les secteurs connectés à l’international. Les auteurs suggèrent également l’aménagement des horaires scolaires, le développement du télétravail et une meilleure organisation du temps de travail.
L’idée centrale est de ne pas imposer une seule temporalité à l’ensemble de la société marocaine, mais de permettre des ajustements sectoriels en fonction des besoins économiques et sanitaires.
Le débat sur le fuseau horaire s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’organisation du travail, la santé publique et le rapport au temps dans la vie quotidienne. Aucune décision officielle n’a été annoncée à ce stade. Les prochains mois pourraient voir l’émergence de propositions législatives ou de consultations publiques, alors que le gouvernement doit concilier contraintes économiques et attentes sociales croissantes.
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