Alger, 14 avril 2025 – Selon le dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), l’Algérie a consacré 25,4 milliards de dollars à son budget militaire en 2025, soit une hausse de 11 % sur un an et de 89 % en une décennie. Ce montant place le pays au 20e rang mondial des dépenses de défense, devant des économies comme le Brésil ou l’Iran, et en fait le premier budget militaire d’Afrique.
Un effort militaire record rapporté au PIB
L’effort militaire algérien représente désormais 8,8 % du produit intérieur brut (PIB), le deuxième ratio le plus élevé au monde après l’Ukraine en guerre (40 %) et devant Israël (7,8 %) et la Russie (7,5 %). Plus frappant encore, 25 % des dépenses publiques totales du pays sont absorbées par le secteur militaire, là encore le deuxième ratio mondial après Kiev. Pour un pays officiellement en paix, ces chiffres confirment que l’armée demeure le pilier central de l’architecture politique et budgétaire du régime.
Une économie toujours vulnérable derrière la puissance affichée
Cette montée en puissance militaire contraste avec les fragilités structurelles de l’économie algérienne. Malgré le répit offert par les recettes gazières et pétrolières ces dernières années, le pays reste fortement dépendant des hydrocarbures, qui dominent ses exportations et ses recettes en devises. Les tentatives de diversification économique peinent à produire des résultats durables. Le chômage des jeunes demeure élevé, l’investissement privé reste contraint et le climat des affaires souffre de rigidités structurelles. À cela s’ajoutent des tensions récurrentes sur le pouvoir d’achat, dans un contexte où la manne énergétique ne garantit plus une stabilité budgétaire permanente.
Consacrer un quart des dépenses publiques au secteur militaire soulève donc une question de priorités : chaque dollar orienté vers l’armement est un dollar qui n’alimente ni la transformation industrielle, ni la création d’emplois, ni l’attractivité économique.
Une escalade liée aux tensions régionales
SIPRI souligne explicitement que la hausse des dépenses militaires de l’Algérie, tout comme celle du Maroc, reste liée aux tensions de longue date autour du Sahara marocain. Toutefois, l’écart entre les deux pays reste considérable : le Maroc a consacré 6,3 milliards de dollars à sa défense en 2025, soit près de quatre fois moins que l’Algérie. Cette escalade budgétaire s’inscrit dans un contexte de crispation régionale plus large : rupture diplomatique avec Rabat, tensions au Sahel, rhétorique sécuritaire omniprésente et maintien d’une posture de confrontation.
Une logique de puissance aux conséquences multiples
Alors que plusieurs pays de la région cherchent à attirer les investissements internationaux et à accélérer leur transformation économique, Alger semble continuer de miser sur une logique de puissance militaire. Le coût politique, économique et social de cette stratégie devient de plus en plus difficile à ignorer. Les observateurs notent que, sans conflit ouvert déclaré, cette orientation risque de freiner les réformes nécessaires à la diversification de l’économie et à l’amélioration des conditions de vie de la population.
Prochaines étapes
Les autorités algériennes n’ont pas encore officiellement commenté les données du SIPRI. La publication de la loi de finances rectificative pour 2025, attendue dans les prochains mois, devrait fournir des indications plus précises sur l’évolution des priorités budgétaires du pays. Par ailleurs, les discussions au sein de l’Union africaine sur la réduction des dépenses militaires sur le continent pourraient peser sur les engagements futurs d’Alger.
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