Carburants : le Maroc rassure sur ses stocks malgré des fragilités persistantes sur le butane et le kérosène

Carburants : le Maroc rassure sur ses stocks malgré des fragilités persistantes sur le butane et le kérosène

La ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, a affirmé devant la Chambre des représentants que les stocks nationaux de carburants sont actuellement à un niveau suffisant pour couvrir les besoins du pays. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions internationales pesant sur les marchés énergétiques et de préoccupations croissantes quant à la sécurité d’approvisionnement du Maroc.

Des capacités de stockage en hausse de 30 % depuis 2021

Selon la ministre, les données disponibles confirment la suffisance des stocks de gasoil, d’essence et de fuel. Cette relative stabilité repose en partie sur la mobilisation des capacités de stockage issues de l’ancienne raffinerie de la Samir, réintégrées dans le dispositif national depuis 2023. Les capacités de stockage ont enregistré une hausse de plus de 30 % depuis 2021, atteignant environ 3,2 millions de mètres cubes en 2025, a précisé Leila Benali.

Cette progression s’inscrit dans un effort d’investissement soutenu visant à renforcer la résilience du pays face aux chocs externes. Le gouvernement a lancé un programme structuré de suivi et de développement des infrastructures de stockage à l’horizon 2030. L’objectif affiché est ambitieux : porter ces capacités à près de 1,5 milliard de mètres cubes, pour un investissement global estimé à 6 milliards de dirhams, dont un tiers devrait être engagé dès 2026.

Des fragilités sur le butane et le kérosène

Cependant, derrière ces indicateurs globalement rassurants, des zones de fragilité subsistent. Leila Benali a reconnu que le principal défi concerne aujourd’hui le gaz butane et le carburant destiné à l’aviation. Pour y répondre, plusieurs projets sont programmés afin d’augmenter les capacités de stockage de 400.000 mètres cubes pour le butane et de 100.000 mètres cubes pour le kérosène à l’horizon 2030.

Autre enjeu soulevé : la concentration géographique des infrastructures. Historiquement, près de 80 % des capacités de stockage étaient localisées dans l’axe Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Une situation que l’exécutif entend corriger. « Nous travaillons à une meilleure répartition territoriale des investissements », a indiqué la ministre, citant notamment le port Nador West Med comme futur hub stratégique pour le stockage des hydrocarbures et du gaz naturel.

Des critiques parlementaires sur l’absence de stratégie globale

Ces annonces n’ont pas totalement convaincu certains parlementaires. Du côté de l’opposition, des voix s’élèvent pour dénoncer l’absence de visibilité sur la politique énergétique globale. Le député du Mouvement populaire (MP), Mohamed Mkhantar, a ainsi pointé l’absence d’une véritable stratégie de raffinage depuis la fermeture de la Samir, tout en critiquant le manque de transparence sur la structure des prix et la fiscalité appliquée aux carburants.

Dans un contexte marqué par la volatilité des prix à l’international, ces critiques font écho aux préoccupations des ménages et des professionnels, directement exposés aux fluctuations du marché. La question ne se limite plus à la disponibilité des produits, mais s’étend désormais à leur accessibilité et à leur impact sur le pouvoir d’achat.

Entre efforts d’investissement, réorganisation du stockage et pression sociale croissante, l’équation énergétique du Maroc reste fragile. Si les autorités affichent une certaine maîtrise sur le plan logistique, le véritable test se jouera sur leur capacité à amortir durablement les effets des turbulences internationales.

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