Sahara : des experts mettent en garde contre les risques d’une mise en œuvre fragilisée de l’autonomie

Sahara : des experts mettent en garde contre les risques d’une mise en œuvre fragilisée de l’autonomie

Rabat, 15 mai 2025 – Lors d’une rencontre organisée au Salon international de l’édition et du livre de Rabat, plusieurs universitaires et spécialistes du dossier du Sahara ont alerté sur les risques d’une mise en œuvre fragilisée de l’initiative d’autonomie présentée par le Maroc depuis 2007. Selon eux, le succès du projet ne dépend plus uniquement du soutien international croissant, mais surtout de la capacité de l’État à en garantir une application cohérente, stable et crédible.

Les intervenants ont souligné que le débat autour de l’autonomie a dépassé le cadre diplomatique. Avec la multiplication des appuis à la proposition marocaine, notamment après la résolution 2797 du Conseil de sécurité, l’attention se déplace désormais vers les conditions politiques, institutionnelles et économiques de son déploiement sur le terrain. Le principal défi, ont-ils estimé, réside dans la construction d’un modèle de gouvernance capable d’éviter les ambiguïtés institutionnelles ou les dysfonctionnements administratifs qui pourraient être exploités par les adversaires de l’intégrité territoriale du Royaume.

Un appel à la vigilance sur les responsabilités institutionnelles

Le président de l’Association marocaine de science politique, Abdelhamid Benkhatab, a mis en garde contre ce qu’il considère comme les « risques d’un mauvais déploiement » de l’autonomie. Selon lui, l’application concrète du projet nécessitera des années de préparation et d’ajustements, imposant une vigilance constante dans la définition des responsabilités entre l’État central et les futures institutions régionales. Un flou dans la répartition des compétences, a-t-il ajouté, pourrait ouvrir la voie à des interprétations politiques ou juridiques susceptibles d’alimenter de nouvelles tensions. Il a également évoqué le risque d’une administration régionale incapable de répondre efficacement aux attentes sociales et économiques des populations locales, ce qui pourrait nourrir frustration et désenchantement.

Pour plusieurs intervenants, la question de l’efficacité institutionnelle sera déterminante. Le chantier de l’autonomie implique la mise en place d’institutions régionales fortes, dotées d’une véritable capacité de gestion et d’exécution, tout en restant inscrites dans le cadre de la souveraineté nationale marocaine.

Des facteurs extérieurs à surveiller

Les experts ont également attiré l’attention sur les facteurs extérieurs susceptibles d’influencer l’évolution du dossier. Les mutations géopolitiques régionales, les équilibres internationaux mouvants ou encore l’évolution des positions de certains partenaires étrangers constituent, selon eux, des éléments à surveiller de près. Dans ce contexte, plusieurs universitaires ont plaidé pour une approche fondée sur l’inclusion politique et le renforcement de la confiance locale. Ils considèrent que la réussite du projet passe aussi par l’intégration des différentes composantes sahraouies dans les mécanismes institutionnels, économiques et sociaux liés à cette future gouvernance autonome.

La dimension économique et territoriale au cœur des préoccupations

Le président du Laboratoire Loi et Droits, Said Khoumri, a insisté sur la dimension économique et territoriale du projet. Selon lui, aucune stabilité durable ne peut être envisagée sans développement concret. Il a rappelé les investissements massifs engagés par le Maroc dans les provinces du Sud ces dernières années, notamment dans les infrastructures, les ports, les routes, la santé, l’éducation et les projets énergétiques. Il a cité le nouveau modèle de développement des provinces du Sud, doté de plusieurs dizaines de milliards de dirhams, estimant que ces programmes ont profondément transformé la région et renforcé son positionnement stratégique vers l’espace atlantique africain.

Pour les participants, cette dynamique de développement constitue aujourd’hui l’un des principaux arguments du Maroc dans ce dossier. Les provinces du Sud sont désormais présentées comme un hub régional tourné vers l’Afrique de l’Ouest, l’Atlantique et les échanges internationaux. Mais les intervenants ont également reconnu que les attentes sociales restent fortes. Emploi, justice territoriale, qualité des services publics et gouvernance locale figurent parmi les enjeux qui pèseront sur la crédibilité future du projet d’autonomie.

Au fil des discussions, une idée s’est imposée : la bataille diplomatique a largement évolué en faveur du Maroc ces dernières années, mais la prochaine étape sera celle de la consolidation institutionnelle et politique. Pour ces experts, l’autonomie ne pourra convaincre durablement que si elle se traduit par un modèle stable, efficace et capable de répondre concrètement aux aspirations des populations des provinces du Sud. La mise en œuvre de ce projet devrait s’étaler sur plusieurs années, avec des ajustements progressifs en fonction des retours du terrain et des évolutions du contexte régional et international.

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