À l’approche de l’Aïd al-Adha, le marché du bétail au Maroc affiche une stabilité des prix, contrastant avec les inquiétudes nourries par les pratiques des intermédiaires. Après une année 2024 marquée par l’absence du rituel du sacrifice en raison d’une grave sécheresse, la reconstitution relative de l’offre, favorisée par des précipitations plus abondantes, se traduit par une baisse comprise entre 10 % et 15 % des tarifs par rapport à l’année précédente, selon plusieurs sources professionnelles.
Contexte et chiffres clés du marché
L’an dernier, les Marocains avaient été contraints de renoncer au sacrifice de l’Aïd al-Adha, le cheptel ayant subi un déficit marqué après plus de six années de sécheresse. Cette année, l’offre s’est améliorée, permettant une disponibilité accrue des animaux sur les marchés. Brahim Sahraoui, président du « Rassemblement du Loukkos » des éleveurs de bétail affilié à l’Association nationale des éleveurs d’ovins et de caprins (ANOC), confirme que « les prix des bêtes destinées au sacrifice ont diminué entre 10 % et 15 % par rapport à 2024 ». Il précise que cette baisse s’est accentuée progressivement ces derniers jours, notamment sur les marchés populaires, tandis que les tarifs dans les « garages » restent plus élevés.
M. Sahraoui attribue ce différentiel à l’abondance de l’offre, mais il met en garde contre certaines informations diffusées sur les réseaux sociaux qui évoquent un plafonnement des prix à 2.500 dirhams. « Ces montants ne couvrent même pas les coûts d’élevage et de production », souligne-t-il, rappelant que les charges des éleveurs, notamment le coût des aliments pour bétail, demeurent élevées. « Il n’a connu aucune baisse, au contraire, une hausse a été enregistrée ce mois-ci », ajoute-t-il, appelant à une lecture prudente des prix de marché.
Réactions et optimisme prudent des acteurs
Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), dresse un constat similaire. « Les indicateurs actuels du marché des sacrifices se caractérisent par une stabilité, sans signes évidents de hausse ou de baisse marquée des prix à ce stade », affirme-t-il. Il se montre optimiste quant à l’évolution du secteur en 2026, estimant que les enseignements de la campagne précédente, conjugués aux orientations officielles, devraient permettre une meilleure organisation. « Une performance différente et positive par rapport à 2024 est attendue », ajoute-t-il, citant une prise de conscience accrue chez les éleveurs et les intermédiaires.
Sur le terrain, la dynamique commerciale est contrastée : les « garages » connaissent une activité soutenue, tandis que les marchés traditionnels traversent un ralentissement relatif. M. Sahraoui considère cette situation comme temporaire, anticipant un regain de demande à l’approche immédiate de l’Aïd, avec une amélioration attendue du pouvoir d’achat.
Enjeux financiers et appels à la régulation
Au-delà des tendances de prix, les montants en jeu sont considérables. Selon M. Kherrati, le volume global des transactions durant l’Aïd al-Adha constitue le plus important du pays, atteignant environ 21 milliards de dirhams, sur la base d’un prix moyen de 3.500 dirhams par bête. Ce montant pourrait grimper jusqu’à 30 milliards de dirhams si l’on inclut les dépenses annexes (épices, préparatifs) concentrées sur une quinzaine de jours. Ce flux financier massif continue pourtant d’échapper à un encadrement juridique et fiscal suffisant, déplore-t-il.
M. Kherrati appelle à une meilleure régulation du marché pour protéger les éleveurs contre les risques de vol et faciliter le transport. Il insiste sur la nécessité de distinguer clairement « l’agriculteur-éleveur », exonéré d’impôts, des « intermédiaires commerçants », qui devraient être soumis au régime fiscal en raison de la nature purement commerciale de leur activité. « L’organisation du marché contribuera à stabiliser les prix, à préserver le pouvoir d’achat des citoyens et à garantir les droits des éleveurs », conclut-il.
Perspectives
Les acteurs du secteur tablent sur une régulation renforcée du rôle des intermédiaires dans les mois à venir, une réforme jugée essentielle pour assurer un fonctionnement équilibré du marché. Les autorités et les organisations professionnelles devraient poursuivre leurs concertations en vue de la saison 2026, afin de répondre aux défis structurels du marché du bétail.
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