Une étude conjointe du Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité, Genève (DCAF) et du Centre d’études des droits humains et de la démocratie (CEDHD) révèle que la violence dans les stades marocains n’est plus un phénomène marginal, mais un comportement structuré par des facteurs économiques et sociaux.
Un phénomène social enraciné
L’étude, intitulée « Gestion sécuritaire de la violence et des émeutes dans les stades au Maroc : vers une approche globale », montre que les jeunes âgés de 10 à 20 ans constituent la catégorie la plus exposée. Ceux issus de milieux précaires, souvent peu scolarisés ou en situation de décrochage, sont particulièrement vulnérables.
Le lien entre consommation de drogues et comportements violents apparaît de manière significative. Les données de terrain recueillies à Kénitra indiquent que près de la moitié des supporters interrogés admettent adopter des formes de violence non physique, comme verbale, symbolique ou en ligne.
Des chiffres révélateurs
Selon l’enquête, 21 % des supporters reconnaissent avoir participé à des actes de vandalisme, 15 % à des affrontements entre supporters, tandis que 9 % déclarent avoir agressé physiquement des forces de l’ordre. Plus inquiétant encore, 4 % admettent avoir envahi la pelouse.
Les chiffres de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) confirment cette tendance : entre 2019 et 2023, 686 mineurs ont été poursuivis pour des faits liés au hooliganisme, dont plus d’une centaine placés en détention.
Le stade comme exutoire
L’étude souligne que le stade devient, pour une partie de la jeunesse, un exutoire face à des réalités sociales difficiles marquées par le chômage, la précarité et le manque d’espaces de loisirs. Dans ce contexte, les groupes d’ultras jouent un rôle ambivalent.
Apparus au Maroc à partir des années 2000, notamment autour de clubs comme le Raja Club Athletic ou le Wydad Athletic Club, ces structures offrent aux jeunes un sentiment d’appartenance et une reconnaissance sociale. Mais cette identité collective peut se construire dans l’opposition et la confrontation.
Des facteurs internes au football
L’étude insiste également sur des facteurs internes au monde du football : mauvaise gestion des clubs, insuffisance des infrastructures et contestation récurrente de l’arbitrage. Autant d’éléments qui alimentent les tensions et servent de déclencheurs aux débordements.
Vers une approche globale
Face à cette réalité, les auteurs de l’étude appellent à dépasser la seule réponse sécuritaire. Si le maintien de l’ordre reste indispensable, il ne peut suffire à contenir un phénomène enraciné dans des problématiques sociales plus larges.
Ils plaident pour une approche globale combinant prévention, éducation et politiques sociales. Cela passe notamment par le développement des infrastructures sportives, le renforcement de l’encadrement des jeunes ainsi que la promotion d’un discours médiatique responsable.
La réduction des troubles dans les stades et la garantie d’un environnement sportif sûr nécessitent la mise en place d’une stratégie globale fondée sur une bonne gouvernance des installations sportives et de leur environnement. Cette stratégie doit être soumise au principe de légalité, respecter les droits de l’homme et tenir compte des diverses dimensions sociales et culturelles du phénomène.
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