Le lundi 17 mars 2025, la Chambre des représentants a été le théâtre d’un débat houleux autour de la recrudescence des violences dans les enceintes sportives marocaines. Le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada, a été interpellé par le groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement (PJD), qui impute à l’exécutif actuel laissé prospérer le hooliganisme sportif. Cet échange, tenu lors de la séance des questions orales, illustre les tensions persistantes entre la majorité et l’opposition sur la gestion de ce phénomène sécuritaire et social.
Un phénomène ancré dans des causes structurelles
Mohamed Saad Berrada a refusé de limiter la responsabilité des violences au seul gouvernement en place. Selon lui, les débordements observés dans les stades marocains résultent « d’accumulations sociales et éducatives » installées depuis plusieurs années. Le ministre a plaidé pour « une approche globale » dépassant les réponses ponctuelles et les campagnes de sensibilisation.
Le responsable gouvernemental a notamment établi un lien direct entre le décrochage scolaire et les actes de violence dans les espaces sportifs. Il a expliqué qu’une part importante des jeunes impliqués dans les incidents de hooliganisme appartient à la catégorie des élèves ayant quitté prématurément le système éducatif. Mohamed Saad Berrada a assuré que son département poursuit ses efforts pour réduire l’abandon scolaire, considéré comme une cause indirecte de l’aggravation du phénomène. Il a également insisté sur l’importance des activités parascolaires dans les établissements d’enseignement, présentées comme un moyen de réduire la pression psychologique chez les élèves et de limiter les manifestations de violence, tant dans les écoles que dans les infrastructures sportives.
Le PJD dénonce l’échec des politiques publiques
Face à ces explications, le député Brahim Ajnin, représentant le groupe parlementaire du PJD, a adopté un ton offensif. Il a estimé que les violences dans les stades ont connu « une large propagation avec ce gouvernement », y voyant « un indicateur préoccupant de la gestion du secteur sportif et de l’encadrement de la jeunesse ». Selon lui, le hooliganisme sportif traduit avant tout « l’échec des politiques publiques dans le domaine de l’éducation » ainsi que l’affaiblissement du rôle de l’école dans la transmission des valeurs de discipline et du respect d’autrui.
La réponse du ministre ne s’est pas fait attendre. Rejetant toute tentative de faire porter la responsabilité au seul exécutif actuel, Mohamed Saad Berrada a rappelé qu’environ 330.000 élèves quittent chaque année les bancs de l’école au Maroc depuis 2010. « Si l’on multiplie ce chiffre par les dix années durant lesquelles vous étiez aux responsabilités, on constate que c’est cette période qui a créé le problème actuel », a-t-il lancé à l’adresse des députés du PJD.
Poursuivant sur le même registre, le ministre a imputé aux gouvernements précédents l’accumulation des difficultés sociales et éducatives ayant nourri les phénomènes actuels de violence. « Ceux qui provoquent aujourd’hui les actes de hooliganisme se retrouvent sans études ni emploi et déversent cela dans la destruction des stades », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nous ne pouvons pas assumer en quatre ans une responsabilité que vous avez créée ».
Un climat politique tendu autour du sport et de l’éducation
Ce débat s’inscrit dans un contexte de préoccupation croissante face aux incidents violents dans les stades marocains, qui ont suscité l’indignation de l’opinion publique et des acteurs sportifs. Le gouvernement et le PJD se renvoient mutuellement la responsabilité de cette situation, tandis que les experts appellent à des mesures structurelles combinant éducation, prévention et sanctions.
Les prochaines semaines pourraient voir la mise en place de nouvelles initiatives par le ministère des Sports pour encadrer les supporters et renforcer la sécurité dans les enceintes. Par ailleurs, le ministre Berrada a laissé entendre que des réformes éducatives visant à réduire le décrochage scolaire seront accélérées, dans l’espoir d’infléchir à long terme la tendance à la violence dans les espaces publics.
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