Les autorités territoriales marocaines ont intensifié leurs opérations de contrôle pour endiguer la prolifération accélérée de l’habitat clandestin et des constructions illégales observée durant le mois de Ramadan. Cette mobilisation, qui concerne notamment les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, fait suite à des rapports faisant état d’abus généralisés liés aux permis de rénovation et à un certain laxisme dans l’application de la loi.
Selon des sources bien informées, les walis et gouverneurs des préfectures et provinces ont convoqué les caïds, les auxiliaires d’autorité, les présidents de communes et les responsables des services d’urbanisme. L’objectif est de coordonner une réponse ferme face à l’expansion des ceintures d’habitat non réglementaire, dont le rythme de construction s’est accentué ces dernières semaines, souvent durant la nuit.
Des abus systémiques autour des permis
L’intervention des administrations est motivée par une recrudescence de manipulations concernant les permis de rénovation, qualifiés localement de « ramadaniens ». Un relâchement dans le contrôle a permis la construction de bâtiments résidentiels et industriels en dehors du cadre légal. Les autorités provinciales cherchent désormais à activer des procédures répressives pour limiter ces abus, qui menacent de transformer durablement le paysage de nombreuses communes rurales et semi-urbaines.
Cette démarche s’inscrit dans le contexte de directives répétées émanant de l’administration centrale, laquelle exige plus de fermeté dans l’application du droit de l’urbanisme. La lutte vise explicitement les réseaux de lotissement clandestin qui exploitent les failles du système de contrôle pour réaliser des gains illicites.
Des rapports accablants
Pour orienter les missions sur le terrain, les gouverneurs se sont appuyés sur des rapports transmis par les divisions des affaires intérieures au ministère de l’Intérieur. Ces documents ont relevé une activité soutenue des réseaux de construction illégale durant les premiers jours du Ramadan, particulièrement entre la rupture du jeûne et l’aube. Les provinces périphériques sont les plus touchées, où l’habitat clandestin risque de submerger certaines communes rurales.
Les mêmes rapports signalent la prolifération d’entrepôts géants clôturés, d’une superficie minimale de 5 000 mètres carrés, dans des douars de communes périphériques, notamment dans les provinces de Nouaceur et Mediouna, près de Casablanca. De nombreux ensembles résidentiels et installations industrielles y auraient été édifiés sans autorisation, abritant des activités échappant à tout contrôle réglementaire.
Des complicités pointées du doigt
Des audits du secteur de l’urbanisme couvrant les quatre dernières années avaient déjà mis en lumière la complicité de certains agents d’autorité et élus locaux. Ils sont accusés d’avoir délivré des permis unilatéraux sans consulter les instances légalement compétentes, comme les agences urbaines. Les manipulations incluent la signature antidatée de permis et la distribution d’autorisations signées et prêtes à l’emploi.
Le ministre de l’Intérieur avait récemment mis en garde les présidents de communes contre cette pratique, lors d’une intervention au Parlement. Il a rappelé les conséquences juridiques encourues et affirmé que les autorités de tutelle ne feraient preuve d’aucune indulgence.
Par ailleurs, des rapports des préfectures et provinces tiennent plusieurs caïds et pachas pour responsables de la prolifération des foyers d’habitat illégal. Ils pointent un manque de coordination avec les communes, l’absence d’agents dédiés au contrôle urbanistique et le défaut de transmission des copies des autorisations.
Enrichissement illicite et risques sécuritaires
Enfin, ces documents accusent certains auxiliaires d’autorité d’avoir accumulé d’importantes fortunes grâce à la rente générée par la construction illégale. Cette manne proviendrait des espaces résidentiels, professionnels et des entrepôts, dont la majorité abriterait désormais des activités industrielles parfois risquées pour la sécurité des riverains.
La réponse des autorités, qui combine renforcement des contrôles et activation des procédures répressives, vise à rétablir l’ordre juridique dans un secteur crucial pour l’aménagement du territoire. Les prochaines semaines devraient voir une intensification des actions de terrain, avec possiblement des sanctions administratives et judiciaires à l’encontre des responsables identifiés, afin de freiner durablement cette dynamique illégale.
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