Les douanes marocaines enquêtent sur des transactions commerciales d’une valeur de plus de 930 millions de dirhams (MDH) soupçonnées de servir au blanchiment de capitaux. Selon des sources informées, les directions régionales des douanes de Casablanca, Tanger et Agadir ont signalé à l’administration centrale des opérations suspectes impliquant trois sociétés d’import-export.
Ces entreprises sont accusées d’avoir déclaré aux guichets douaniers des marchandises avec des prix surévalués de plus de 30% par rapport à leur valeur réelle sur le marché. L’enquête, menée en coordination avec les autorités européennes, examine également le non-rapatriement de bénéfices colossaux, en infraction avec la réglementation des changes.
Une enquête internationale et des soupçons de collusion
Les investigations, conduites en étroite collaboration avec les autorités d’Espagne, de France et de Belgique, ont mis en lumière une possible collusion. Les sociétés marocaines visées auraient agi de concert avec des partenaires commerciaux étrangers liés, selon les soupçons, à des réseaux internationaux de trafic de drogue. Ces réseaux font l’objet d’une surveillance accrue par les services de renseignement financier dans ces pays.
Les marges bénéficiaires déclarées par les trois entreprises, largement supérieures à la moyenne de leur secteur, renforcent l’hypothèse selon laquelle elles pourraient servir de sociétés écrans. Face à ces éléments, la douane a officiellement saisi l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF) pour accélérer et approfondir les investigations.
Une fraude détectée par la modernisation des systèmes
La découverte de cette fraude est le résultat d’une collaboration entre la douane, la Direction générale des impôts (DGI) et l’Office des changes. Leur travail conjoint a permis de confirmer que les gains n’avaient pas été intégralement rapatriés et que les marges déclarées étaient anormalement élevées.
Ces dernières années, l’administration des douanes a massivement investi dans la modernisation de son infrastructure informatique. Le ciblage des fraudes ne repose désormais plus uniquement sur le contrôle humain, mais s’appuie sur des algorithmes d’intelligence artificielle capables d’analyser des données complexes et de croiser les risques.
Si les systèmes traquaient traditionnellement la sous-facturation pour lutter contre l’évasion fiscale, ils sont aujourd’hui calibrés pour détecter la surfacturation. Le gonflement artificiel des factures est considéré comme l’un des indicateurs les plus probants de blanchiment de capitaux via le commerce international.
Les enquêteurs de l’ANRF utilisent pleinement ces nouveaux outils analytiques partagés entre les différentes institutions de l’État pour mener leurs investigations.
Les prochaines étapes de l’enquête
L’objectif principal des autorités est désormais de retracer les flux financiers internationaux liés à ces transactions. La coopération avec les homologues européens reste centrale pour comprendre l’étendue du réseau suspecté et identifier tous les acteurs impliqués.
L’ANRF poursuit ses analyses approfondies des données financières, tandis que les douanes maintiennent une surveillance renforcée sur les opérations des sociétés concernées. Les prochaines étapes devraient inclure des auditions et des perquisitions, potentiellement coordonnées au niveau international, en fonction des preuves recueillies.
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