Rabat, le 6 avril 2026. Le Maroc intensifie sa lutte contre la traite des êtres humains en intégrant systématiquement les investigations financières et le renseignement de sources ouvertes (OSINT) dans ses procédures judiciaires. Cette approche a été présentée lors d’un atelier de formation organisé à Rabat, rassemblant magistrats, officiers de police judiciaire et représentants d’institutions concernées.
Hicham Mellati, directeur des Affaires pénales et des Grâces au ministère de la Justice, a présidé l’ouverture de cet atelier. Il a souligné que cette méthodologie croisée constitue désormais un axe central de la stratégie nationale de lutte contre ce crime transnational.
L’événement a réuni des participants de plusieurs corps, dont la police judiciaire, la Gendarmerie royale et l’Administration des douanes et impôts indirects. Des magistrats du parquet et du siège spécialisés dans les affaires financières et la criminalité organisée y ont également pris part.
Une approche méthodologique intégrée
L’objectif de la formation est de doter les enquêteurs et les magistrats d’outils complémentaires pour démanteler les réseaux criminels. Les enquêtes financières permettent de tracer les flux d’argent liés à l’exploitation des victimes, identifiant ainsi les bénéficiaires économiques des réseaux.
Parallèlement, les techniques d’OSINT, qui consistent à collecter et analyser des informations accessibles au public sur internet et les médias sociaux, aident à cartographier les réseaux, identifier les suspects et recueillir des preuves numériques.
Le croisement de ces deux sources d’information vise à construire des dossiers judiciaires plus solides et plus complets. Cette méthode permet de dépasser le seul constat des infractions pour remonter à l’organisation et au financement des réseaux de traite.
Un cadre juridique et institutionnel renforcé
Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de la loi 27.14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains, adoptée en 2016. Cette loi a érigé la traite en infraction spécifique et prévoit des mécanismes de protection des victimes.
Elle s’aligne également avec les engagements internationaux du Royaume, notamment la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et son Protocole additionnel visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes.
Sur le plan institutionnel, la Commission nationale de coordination des mesures de lutte et de protection contre la traite des êtres humains supervise cette politique publique. Elle assure la coordination entre les différents départements ministériels et agences concernés.
Les défis de la criminalité transnationale
La traite des êtres humains au Maroc revêt des formes variées, incluant l’exploitation sexuelle, le travail forcé et la mendicité contrainte. Les réseaux opèrent souvent au-delà des frontières, ce qui complexifie les enquêtes.
L’utilisation des nouvelles technologies par les trafiquants, pour le recrutement en ligne ou le blanchiment d’argent via des cryptomonnaies, nécessite une adaptation constante des moyens d’investigation. La formation dispensée à Rabat répond directement à cet impératif.
Les autorités marocaines collaborent étroitement avec leurs homologues dans les pays de transit et de destination, notamment en Europe et en Afrique de l’Ouest, pour démanteler ces filières internationales.
Perspectives et prochaines étapes
À l’issue de cet atelier, les participants sont appelés à appliquer ces méthodes dans leurs enquêtes en cours et futures. Le ministère de la Justice prévoit d’étendre ce type de formations à d’autres régions du Royaume pour uniformiser les pratiques.
Le renforcement des capacités d’analyse financière et numérique des unités spécialisées devrait se poursuivre tout au long de l’année 2026. Une évaluation de l’impact de ces nouvelles méthodes sur le taux d’élucidation des affaires et sur les condamnations est également attendue.
Les prochaines étapes incluront probablement un approfondissement de la coopération avec les cellules de renseignement financier nationales et étrangères, ainsi qu’avec les fournisseurs de services en ligne, dans le strict respect des cadres juridiques sur la protection des données.
Commentaires (0)
Laissez votre commentaire