Lutte contre la traite des êtres humains : le CNDH et le ministère de la Justice renforcent la protection des victimes

Lutte contre la traite des êtres humains : le CNDH et le ministère de la Justice renforcent la protection des victimes

Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et le ministère de la Justice s’engagent à intensifier la protection des victimes de la traite des êtres humains au Maroc. Cette annonce intervient à l’issue d’une réunion de travail tenue le 15 mars dernier à Rabat. L’initiative vise à coordonner les efforts institutionnels face à un phénomène qui touche particulièrement les populations vulnérables.

Une coopération renforcée entre institutions

Les deux parties ont convenu de mettre en place un mécanisme conjoint de signalement et d’orientation des victimes. Ce dispositif permettra d’accélérer l’identification des personnes concernées et leur accès à une assistance juridique et sociale. La Commission nationale chargée de la coordination des mesures de lutte contre la traite des êtres humains et de prévention de ce fléau participera également à cette démarche.

Selon un communiqué conjoint, cette coopération s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la loi n° 27.14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains. Adoptée en 2016, cette législation criminalise le trafic d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, de travail forcé ou de prélèvement d’organes.

Des chiffres qui alertent

Les données fournies par le CNDH indiquent que 147 victimes de traite ont été recensées au Maroc entre 2020 et 2023. Parmi elles, 62 % sont des femmes et 28 % des mineurs. Les secteurs les plus touchés restent l’agriculture, le textile et les services domestiques.

La directrice exécutive du CNDH, Amina Bouayach, a souligné que la protection des victimes doit être la priorité absolue. « Il ne suffit pas de punir les trafiquants ; il faut garantir un accompagnement complet aux survivants », a-t-elle déclaré lors de la réunion.

Un plan d’action en plusieurs phases

Le ministère de la Justice s’est engagé à former 200 magistrats et greffiers d’ici fin 2025 aux spécificités de cette infraction. Des sessions de sensibilisation destinées aux forces de l’ordre et aux travailleurs sociaux sont également prévues. Par ailleurs, un numéro vert national dédié aux signalements sera lancé au cours du deuxième trimestre 2024.

Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a rappelé que la lutte contre la traite figure parmi les priorités de son département. « Nous devons offrir aux victimes un cadre juridique et social qui leur permette de se reconstruire sans crainte de représailles », a-t-il précisé.

Un enjeu régional et international

Le Maroc est à la fois un pays d’origine, de transit et de destination pour les victimes de traite, selon le dernier rapport du département d’État américain sur la traite des personnes. Rabat collabore étroitement avec le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour harmoniser ses pratiques.

Le CNDH et le ministère de la Justice prévoient de présenter un bilan semestriel de cette coopération devant la Commission nationale. Une évaluation indépendante des dispositifs de protection sera également commanditée à un cabinet externe.

La prochaine étape consistera à élaborer un guide pratique à destination des professionnels du droit et du travail social. Ce document, attendu pour septembre 2024, devrait clarifier les procédures de prise en charge et les droits des victimes.

Commentaires (0)

Laissez votre commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.