Le lancement de la première édition du salon GITEX Future Health Africa Morocco a eu lieu ce lundi à Casablanca, marquant une étape clé dans la transformation du Maroc en plateforme continentale pour la digitalisation des systèmes de santé. Organisé sous le haut patronage du roi Mohammed VI, cet événement de trois jours réunit plus de 200 exposants issus d’une trentaine de pays, dont de grands acteurs de l’industrie pharmaceutique et des technologies de santé.
Un événement stratégique pour la santé en Afrique
Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, a donné le coup d’envoi de ce salon, fruit d’un partenariat entre son ministère et la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, avec l’organisation de KAOUN International. Dans son discours d’ouverture, il a souligné que le secteur de la santé est devenu un enjeu stratégique mondial, dépassant le cadre d’un simple service public.
Il a relevé que l’Afrique connaît une accélération dans plusieurs domaines, tandis que la technologie évolue plus rapidement que la capacité des systèmes de santé à l’absorber. Cette situation impose, selon lui, d’accélérer les réformes et d’adopter des solutions innovantes.
L’intelligence artificielle au cœur des transformations
Le ministre a mis en avant les usages concrets de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé. Il a cité la prévision précoce des épidémies, le développement de la télémédecine pour réduire les inégalités territoriales, l’appui au diagnostic dans les zones dépourvues de personnel médical, ainsi que la contribution aux interventions médicales complexes.
Amine Tahraoui a insisté sur le fait que l’Afrique dispose des atouts nécessaires pour atteindre sa souveraineté sanitaire. Il a appelé à renforcer la coordination entre pays africains afin de créer un marché commun des médicaments et équipements médicaux, de développer une production conjointe de vaccins et de mettre en place des systèmes épidémiologiques intégrés basés sur le partage de données.
Le soutien de l’Organisation mondiale de la santé
Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a salué dans un message vidéo le rôle de leader du Maroc dans le soutien à la santé en Afrique. Il a toutefois souligné que l’enjeu ne réside pas uniquement dans la disponibilité de la technologie, mais dans sa conception et son utilisation. Il a insisté sur la nécessité de garantir la protection des données, la confiance des citoyens et le soutien aux professionnels de santé.
Équité territoriale et souveraineté sanitaire
Younes Bajjou, directeur délégué de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, a affirmé que la transformation numérique du secteur doit s’inscrire dans une logique d’équité, d’accès universel et de souveraineté sanitaire, en cohérence avec la vision royale de réforme du système de santé. Il a décrit cet événement comme un espace symbolique où se dessine l’avenir de la médecine africaine.
Il a également indiqué que la fondation agit en complément des politiques publiques, à travers le développement des infrastructures, le renforcement de la formation et de la recherche scientifique, ainsi que l’intégration des technologies modernes, notamment l’IA. Celle-ci offre, selon lui, de grandes opportunités pour le diagnostic précoce, l’amélioration des traitements et le développement de la médecine personnalisée.
Younes Bajjou a mis en garde contre les risques de fracture numérique pouvant accentuer les inégalités. Il a appelé à une approche globale garantissant une distribution équitable des technologies de santé, afin que tous les citoyens, quel que soit leur lieu de résidence, puissent bénéficier de services de santé avancés.
Vers un marché africain de la santé
Au niveau continental, le responsable a souligné que la souveraineté sanitaire ne peut être atteinte dans un cadre strictement national. Elle nécessite un renforcement de la coopération africaine à travers le partage des connaissances, le transfert de technologies et le développement des capacités locales. Il a évoqué la Déclaration de Dakhla comme base d’une coopération Sud-Sud durable dans le domaine de la santé.
Yasmine Lahlou Filali, présidente de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques, a déclaré que la santé de demain sera numérique, industrielle, souveraine et inclusive. Elle a insisté sur la nécessité de construire un écosystème intégré réunissant tous les acteurs, qu’ils soient du secteur public, de l’industrie pharmaceutique, des entreprises technologiques, des investisseurs, des universités ou des startups.
Elle a estimé que le salon GITEX Future Health Africa Morocco constitue une plateforme idéale pour favoriser ce type de synergie, en encourageant le dialogue, l’innovation et le développement de projets communs.
Prochaines étapes
Le salon devrait se poursuivre jusqu’à mercredi, avec des ateliers et des rencontres entre experts, décideurs et investisseurs. Les discussions devraient déboucher sur des projets concrets de coopération sanitaire entre pays africains, notamment dans les domaines de la production locale de médicaments et de l’intégration des systèmes de données épidémiologiques.
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