Sahara : l’universitaire Moussaoui Ajlaoui retrace les étapes clés du basculement onusien vers l’autonomie

Sahara : l’universitaire Moussaoui Ajlaoui retrace les étapes clés du basculement onusien vers l’autonomie

Lors d’une conférence tenue en marge du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), l’universitaire et spécialiste du dossier du Sahara, Moussaoui Ajlaoui, a présenté une analyse détaillée des étapes qui ont conduit à l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 31 octobre 2025. Selon lui, ce texte ne constitue pas une simple révision du langage onusien, mais un véritable tournant qui consacre l’option politique portée par le Maroc.

Une résolution qui consacre l’initiative d’autonomie

L’expert a souligné que la portée de cette résolution tient au fait qu’elle érige l’initiative d’autonomie comme base centrale des négociations, rompant ainsi avec une longue phase d’ambiguïté entretenue autour des scénarios envisagés. « Le Maroc ne négocie pas sa souveraineté, il négocie la fin d’un conflit artificiel », a-t-il insisté, rappelant que la dynamique actuelle s’inscrit dans la continuité de la proposition marocaine présentée en 2007.

Un retour sur les fondements historiques et juridiques

Pour comprendre ce basculement, Moussaoui Ajlaoui a invité à remonter bien avant les années 1970. Il a situé un moment fondateur en 1959, lorsque le Maroc a rejoint un groupe de travail onusien chargé de statuer sur le statut des territoires sous administration coloniale. Dans ce cadre, Rabat a défendu une distinction entre les territoires colonisés et ceux faisant l’objet de revendications historiques, une ligne qui allait structurer sa diplomatie sur ce dossier.

L’année suivante, en 1960, une délégation marocaine conduite par Mehdi Ben Abboud a présenté des propositions qui ont alimenté les résolutions 1514 et 1541 de l’Assemblée générale des Nations unies. Ces textes, souvent cités comme socle du processus de décolonisation, ont également contribué à cadrer juridiquement la question du Sahara.

Dans les années qui ont suivi, le Maroc a multiplié les initiatives au sein des instances onusiennes. La première réunion du comité spécial chargé de la décolonisation s’est tenue à Tanger en 1962, en présence de feu Hassan II. Pour Ajlaoui, cette période a déjà révélé des tentatives visant à dissocier le Sahara de son environnement naturel, à travers des lectures juridiques et politiques divergentes.

Le recours à la Cour internationale de justice et la Marche verte

Le recours à la Cour internationale de justice a marqué une autre étape décisive. L’avis consultatif rendu en 1975 a reconnu l’existence de liens d’allégeance entre les populations du Sahara et le trône marocain. Une reconnaissance que Hassan II a interprétée comme un appui juridique majeur, ouvrant la voie à l’organisation de la Marche verte la même année.

Des tentatives de règlement à l’impasse du référendum

Entre 1975 et le début des années 2000, le dossier est entré dans une phase plus complexe, marquée par des tensions diplomatiques et des tentatives de règlement sous l’égide des Nations unies. Le Maroc a accepté en 1981 le principe d’un référendum, avant que ce scénario ne se heurte à des obstacles techniques et politiques persistants. La création de la mission MINURSO en 1991 s’est inscrite dans cette logique, tout comme les accords militaires conclus dans les années suivantes.

Pour Ajlaoui, un tournant est intervenu en 2000, avec l’adoption de la résolution 1309, qui a acté l’impasse du référendum. « À partir de ce moment, la recherche d’une solution politique est devenue la seule voie réaliste », a-t-il souligné. Le Maroc a alors notifié officiellement aux Nations unies qu’il considérait cette option comme dépassée.

La résolution 2797 : un aboutissement diplomatique

C’est dans cette continuité que s’inscrit, selon lui, la résolution 2797. Elle ne surgit pas dans un vide diplomatique, mais s’appuie sur un long processus où se croisent arguments juridiques, initiatives politiques et évolutions du contexte international. En consacrant l’autonomie comme cadre de référence, le Conseil de sécurité a entériné une lecture que Rabat défend depuis près de deux décennies.

Pour l’universitaire, l’enjeu dépasse la seule dimension juridique. Il s’agit désormais de traduire cette orientation en solution concrète, dans un environnement régional encore marqué par les tensions et les rivalités.

Les prochaines étapes devraient voir le Maroc intensifier ses efforts diplomatiques pour consolider ce cadre de référence, en particulier lors des futures sessions du Conseil de sécurité et des consultations avec les parties prenantes. Selon des observateurs, la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie pourrait faire l’objet de discussions techniques dans les mois à venir, en vue d’un règlement définitif du conflit.

Commentaires (0)

Laissez votre commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.