À deux semaines de l’Aïd al-Adha, les éleveurs marocains constatent une demande d’achat de moutons particulièrement faible, dans un contexte marqué par la hausse des prix et une prudence accrue des consommateurs. Ce phénomène survient après une édition 2023 marquée par l’annulation du rituel du sacrifice en raison d’un cheptel national insuffisant, suscitant l’étonnement des acteurs du secteur.
Selon plusieurs témoignages recueillis par Hespress dans des marchés du nord et du centre du Royaume, les ventes réalisées dans les souks hebdomadaires durant le week-end sont jugées « en dessous des attentes ». Les éleveurs interrogés estiment que les débats sur les réseaux sociaux autour du coût de la vie et les appels au boycott ont influencé l’état d’esprit des consommateurs.
Hausse des prix et dysfonctionnement du marché
Hicham El Jaoubari, secrétaire régional des commerçants de viande rouge en gros dans la région Casablanca-Settat, confirme que la hausse des prix est une réalité « indéniable ». Il souligne que la faible demande observée ces derniers jours risque d’accentuer encore davantage la pression sur les prix. Dans une déclaration à Hespress, El Jaoubari ajoute que les raisons de cette flambée des prix « laissent les professionnels perplexes », précisant que malgré l’abondance de l’offre évoquée par certains, les prix restent élevés, ce qui révèle selon lui « un dysfonctionnement ».
Le responsable professionnel indique que les prix des moutons de bonne qualité dans les marchés premium varient entre 78 et 83 dirhams le kilogramme, ce qui est « très élevé et pèse lourdement sur le budget des familles ». Il explique qu’un mouton de 60 kilogrammes peut coûter jusqu’à 4.800 dirhams, une somme considérable pour les ménages à revenus moyens.
Rumeurs et appels au boycott
El Jaoubari estime que « les propagateurs de rumeurs et les campagnes appelant à faire peur aux gens ne font que semer la confusion chez les Marocains », affirmant qu’« aucune famille marocaine ne peut réellement renoncer à l’achat du mouton de l’Aïd ». Il appelle à une réflexion collective et sérieuse pour trouver une solution à la situation actuelle et à la flambée des prix, attribuant cette situation à « la décision d’interdire l’importation des moutons et au laxisme concernant l’interdiction de l’abattage des femelles dans les abattoirs ».
Le secrétaire régional des commerçants de viande rouge en gros à Casablanca-Settat poursuit en expliquant que « le gouvernement aurait dû ouvrir les importations sans subventions afin d’assurer un nombre suffisant de têtes de bétail pour les citoyens marocains à des prix raisonnables pendant l’Aïd ». Il ajoute que dans les abattoirs de Casablanca, environ 1.400 têtes sont abattues chaque jour pendant quatre jours par semaine, ce qui représente des chiffres énormes à l’échelle nationale et aurait nécessité de maintenir l’ouverture des importations pour répondre à la demande et à la consommation.
Qualité et prudence des acheteurs
Mohamed El Akhal, éleveur dans la région de Ksar El Kébir, explique que l’ambiance au marché hebdomadaire d’Ouled Hmid cette année est différente des saisons précédentes, malgré l’abondance des moutons proposés. Dans une déclaration à Hespress, El Akhal indique qu’une grande partie des bêtes disponibles correspond à ce qu’il qualifie de « moutons maigres élevés au pâturage », ce qui a affecté l’intérêt des citoyens et leur confiance dans la qualité des animaux proposés.
L’éleveur affirme que de nombreux clients ont passé « de longues heures à examiner les moutons sans conclure d’achat », en raison de leur manque de conviction quant à la qualité de certaines bêtes d’une part, et de la hausse des prix d’autre part. Il ajoute que les familles marocaines sont devenues plus prudentes dans leurs choix cette saison, dans un contexte économique difficile et marqué par l’augmentation du coût de la vie. Selon lui, le citoyen « ne cherche plus seulement à acheter un mouton, mais veut également obtenir la qualité au bon prix ».
El Akhal souligne que certains éleveurs ont été contraints de proposer des animaux moins chers afin de s’adapter au pouvoir d’achat actuel, mais cela s’est répercuté sur le niveau de qualité attendu par une large partie des consommateurs. Il estime enfin que l’attentisme « domine encore le marché », de nombreux citoyens préférant reporter leur achat aux derniers jours précédant l’Aïd.
Perspectives et enjeux
Face à cette situation, les professionnels du secteur appellent à une révision des choix du pays en matière d’importation et à un soutien accru aux agriculteurs et aux éleveurs, à l’image d’autres pays soucieux de préserver leur sécurité alimentaire. Les prochains jours seront décisifs pour observer si la demande se redresse ou si le marché demeure marqué par l’attentisme et une pression économique persistante sur les ménages marocains.
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