Rabat – Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) a publié son rapport annuel 2024, appelant à une transformation radicale du modèle éducatif marocain. Paru au Bulletin officiel, le document estime que des réparations partielles ne suffisent plus.
Selon l’institution, le Maroc doit engager une « renaissance éducative » fondée sur des ruptures et des tournants décisifs. Le CSEFRS juge indispensable de dépasser la logique des ajustements successifs qui ont marqué les dernières décennies.
Un modèle centré sur l’esprit critique
Le rapport critique le système actuel, trop axé sur la mémorisation et la répétition. Il préconise un enseignement favorisant l’esprit critique, la compréhension approfondie et le développement des compétences cognitives supérieures.
Pour le CSEFRS, cette transformation ne peut aboutir sans un nouveau contrat social entre la nation et son école. Ce pacte reposerait sur une volonté politique forte et un large soutien de la société, afin de garantir le droit à une éducation de qualité.
Les défis à venir
L’instance consultative souligne l’ampleur des mutations à affronter : changements climatiques, révolution numérique, nouvelles dynamiques de valeurs, transformations du marché du travail et évolutions démographiques. Ces défis rendent insuffisantes les simples réformes techniques, selon le rapport.
Le CSEFRS appelle à bâtir une école « nouvelle » dans ses fonctions, son organisation, ses finalités et son modèle pédagogique.
Autonomie des établissements
Le rapport accorde une place centrale à l’autonomie des écoles, qui ne devraient plus être de simples exécutants de décisions centralisées. Il recommande une autonomie réelle et encadrée pour développer des projets pédagogiques, encourager l’innovation et responsabiliser les acteurs éducatifs.
Cette évolution passe par un renforcement des liens entre l’école et son environnement local. Le CSEFRS recommande d’accroître l’implication des collectivités territoriales et d’élargir les prérogatives de la gouvernance décentralisée.
Cloisonnement entre secteurs
Le rapport critique le cloisonnement persistant entre l’éducation, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur, gérés comme des « îlots séparés ». Cette fragmentation contribuerait au gaspillage des ressources et laisserait des centaines de milliers de jeunes sans perspectives.
Le CSEFRS recommande des révisions profondes dans l’enseignement supérieur pour construire « l’université du XXIe siècle », capable d’offrir une formation de qualité à tous les étudiants.
Refonte du modèle pédagogique
L’institution estime qu’aucune réforme durable ne peut être envisagée sans une refonte du modèle pédagogique. Les méthodes basées sur la mémorisation ne répondent plus aux exigences contemporaines. Le rapport privilégie des approches centrées sur la qualité des apprentissages, l’analyse et la réflexion.
Les enseignants jouent un rôle central dans la réussite de toute réforme. Le CSEFRS insiste sur l’amélioration des conditions de travail et le renforcement de l’attractivité de la profession sur les plans matériel, intellectuel et social.
Gouvernance cohérente
Le CSEFRS plaide pour une gouvernance plus cohérente des politiques publiques liées à l’éducation et à la formation. Il appelle à mettre fin à la multiplication des intervenants et à l’éclatement des circuits de décision, afin de garantir une continuité dans les réformes, de l’établissement scolaire jusqu’aux plus hauts niveaux de l’État.
En conclusion, le rapport affirme que le changement attendu ne peut se limiter à des mesures ponctuelles. Seule une transformation structurelle, globale et intégrée permettrait de répondre aux dysfonctionnements du système éducatif marocain.
Le CSEFRS n’a pas précisé de calendrier pour la mise en œuvre de ces recommandations, mais le document servira de base aux discussions avec le ministère de l’Éducation nationale dans les prochains mois.
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