Opposition marocaine : pouvoir d’achat, santé et retraites au cœur des critiques parlementaires

Opposition marocaine : pouvoir d’achat, santé et retraites au cœur des critiques parlementaires

Rabat – L’opposition à la Chambre des représentants a utilisé le dernier rapport de la Cour des comptes pour dénoncer la gestion gouvernementale des politiques sociales et économiques. Selon plusieurs partis, ce document met en lumière un écart significatif entre le discours officiel sur « l’État social » et la réalité quotidienne des citoyens.

Les groupes parlementaires de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), du Parti du progrès et du socialisme (PPS), du Mouvement populaire (MP) et du Parti de la justice et du développement (PJD) ont pointé les limites du chantier de la protection sociale. Ils estiment que des millions de Marocains restent exclus de la couverture médicale, tandis que les dépenses de santé grèvent lourdement les budgets des ménages.

Des chiffres contestés sur les réalisations sociales

Selon Hamid Darrak, député de l’USFP, le rapport de la Cour des comptes indique qu’environ 13 % des Marocains, soit près de 11 millions de personnes, demeurent en dehors du système d’assurance maladie. Il a ajouté que la charge financière supportée par les assurés représente entre 30 et 37 % des coûts réels des soins en 2023 et 2024, avec des proportions encore plus élevées pour les maladies chroniques et coûteuses.

Pour le groupe USFP, « le gouvernement a réduit les objectifs et programmes du chantier de la protection sociale à une série de mesures temporaires et de politiques conjoncturelles ». Le parti estime que le rapport démontre que, malgré l’importance de ce chantier, le système de protection sociale souffre de dysfonctionnements menaçant sa durabilité, son efficacité et sa performance.

Retraites et indemnisation pour perte d’emploi en suspens

Le groupe parlementaire du PPS s’est interrogé sur l’état d’avancement de la réforme des retraites et de l’indemnisation pour perte d’emploi, deux composantes essentielles prévues pour 2025. Nadia Touhami, députée du PPS, a souligné que les dépenses des caisses d’assurance maladie ont augmenté de 83 %, alors que leurs ressources n’ont progressé que de 36 %. Elle a également relevé que le secteur privé de la santé bénéficie d’environ 91 % des dépenses remboursées par l’assurance maladie.

Concernant l’amélioration des performances financières de l’État, Mme Touhami a estimé qu’elle s’explique principalement par l’augmentation des recettes fiscales, liée en partie à la hausse des prix, ainsi que par des mécanismes de financement innovants représentant 109 milliards de dirhams entre 2019 et 2025.

Une pression fiscale qui pèse sur les classes moyennes

Omar El Baz, député du groupe du Mouvement populaire, a affirmé que « la hausse des recettes fiscales et l’amélioration de certains indicateurs financiers ne peuvent masquer la pression du coût de la vie, ni la faiblesse de l’impact social des politiques publiques ». Il a insisté sur le fait que « la réforme fiscale doit être un outil d’équité et non un moyen d’accentuer la pression sur les classes moyennes et modestes ».

M. El Baz a ajouté que les réalisations mises en avant par le gouvernement « devraient se refléter dans la vie de tous les citoyens et leur redonner confiance et espoir ». Il a conclu que les Marocains, qu’ils vivent dans les villes, les campagnes, les montagnes ou les régions frontalières, doivent ressentir l’efficacité des politiques publiques dans des secteurs comme la santé, l’éducation, le logement ou l’emploi.

Les députés de l’opposition ont ainsi nuancé les réussites de l’exécutif, estimant que l’amélioration de certains indicateurs macroéconomiques ne se traduit pas concrètement dans la vie quotidienne des citoyens. Ils ont appelé à revoir la politique économique et fiscale pour mieux répondre aux attentes sociales.

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