Mohamed Maliki appelle à un partenariat Inde-Afrique plus inclusif et axé sur les résultats

Mohamed Maliki appelle à un partenariat Inde-Afrique plus inclusif et axé sur les résultats

New Delhi, le 28 mai 2026 – L’ambassadeur du Maroc en Inde, doyen des Corps diplomatiques africain et arabe à New Delhi, Mohamed Maliki, a plaidé mardi pour un partenariat Inde-Afrique plus inclusif, reposant sur la co-création, le transfert de technologies et des mécanismes de financement plus souples. Cette déclaration a été faite lors d’une table ronde organisée par l’Institut Manohar Parrikar d’études et d’analyses de défense (MP-IDSA) à l’occasion de la Journée de l’Afrique 2026.

Un appel à une coopération transformée

M. Maliki a souligné que les relations entre l’Afrique et l’Inde doivent entrer dans une nouvelle phase, davantage centrée sur les résultats, les bénéfices partagés et le renforcement des capacités locales. Alors que New Delhi s’apprête à accueillir, dès la semaine prochaine, le quatrième Sommet du Forum Inde-Afrique, le diplomate marocain a estimé que le partenariat devrait évoluer d’une coopération basée principalement sur les lignes de crédit et les programmes de formation vers une logique plus intégrée, privilégiant les coentreprises, le développement des compétences, les investissements équitables et le transfert de technologies.

La vision royale comme référence

Dans ce contexte, Mohamed Maliki a rappelé la vision exprimée par le Roi Mohammed VI lors de son discours au Forum économique maroco-ivoirien à Abidjan en 2014. Selon cette vision, l’Afrique, forte de ses ressources, de ses potentialités et de ses forces vives, doit se prendre en charge, se faire confiance et privilégier des partenariats mutuellement bénéfiques plutôt qu’une logique d’assistance.

Évolution du Forum Inde-Afrique

Revenant sur le parcours du Forum Inde-Afrique, M. Maliki a indiqué que les deux premières éditions, tenues en 2008 à New Delhi et en 2011 à Addis-Abeba, avaient eu une portée symbolique importante mais n’avaient pas pleinement reflété la diversité et les aspirations des 54 pays africains. Le troisième Sommet, en octobre 2015 à New Delhi, a constitué un tournant majeur. L’Inde a alors invité l’ensemble des 54 pays africains membres des Nations Unies, transformant le dialogue en une véritable plateforme panafricaine fondée sur l’égalité, le bénéfice mutuel et une coopération orientée vers l’action.

Bilan des engagements financiers indiens

L’ambassadeur a également rappelé que l’Inde avait approuvé près de 9 milliards de dollars de lignes de crédit concessionnelles pour environ 140 projets dans plus de 40 pays africains. Lors du Sommet de 2015, l’Inde avait annoncé 10 milliards de dollars supplémentaires pour la période 2016-2020 et 600 millions de dollars sous forme de dons. Ces engagements ont permis des réalisations concrètes en matière d’infrastructures et de renforcement des capacités, a-t-il noté. Cependant, il a souligné que les lignes de crédit, bien qu’utiles, avaient parfois montré leurs limites en raison de conditions rigides ou insuffisamment adaptées aux priorités africaines.

À cet égard, Mohamed Maliki a plaidé pour des mécanismes de financement plus flexibles, fondés sur des évaluations conjointes des besoins, une meilleure combinaison entre dons et investissements en capital, ainsi que des conditions concessionnelles liées à un impact mesurable sur le développement.

Atouts et changements des deux côtés

Le diplomate a souligné que l’Inde dispose d’atouts importants dans les domaines de l’innovation numérique, des énergies renouvelables, des produits pharmaceutiques, de l’agriculture et des applications spatiales. Ces secteurs sont susceptibles d’accompagner l’émergence économique et sociale de l’Afrique, conformément à son Agenda 2063. Parallèlement, M. Maliki a observé que l’Afrique a profondément changé, portée par une nouvelle génération de dirigeants et d’entrepreneurs, une jeunesse en quête de partenariats gagnant-gagnant, d’importantes ressources naturelles, des marchés dynamiques et des investissements intra-africains en plein essor.

Coordination Sud-Sud et inclusion continentale

Sur le plan international, l’ambassadeur a relevé que l’Inde, forte de sa tradition de non-alignement adaptée aux réalités actuelles, peut constituer pour l’Afrique un partenaire de confiance, attaché à la multipolarité, à la réforme de la gouvernance mondiale et à la coordination Sud-Sud, notamment aux Nations Unies et au G20. Il a salué l’inclusion de l’Union africaine au sein du G20 sous la présidence indienne en 2023, qualifiant cette décision d’étape historique reflétant un engagement partagé en faveur d’un ordre mondial plus équilibré.

Perspectives pour le prochain Sommet

En prévision du prochain Sommet du Forum Inde-Afrique, M. Maliki a réitéré son appel à garantir une plateforme véritablement continentale, où chaque pays africain puisse faire entendre sa voix, tout en promouvant des projets triangulaires et conjoints avec les pays africains disposant d’une expertise en matière de développement économique et d’investissement intracontinental. À ce titre, il a cité le Maroc, deuxième investisseur africain sur le continent, particulièrement en Afrique subsaharienne, et fort d’une expérience dans les secteurs bancaire, des phosphates, des télécommunications et des infrastructures.

Le diplomate a estimé que la collaboration entre le Maroc, l’Inde et d’autres partenaires africains peut contribuer à faire émerger des modèles de coopération intégrée Sud-Sud-Sud.

Organisée sous le thème « Partenariat Afrique-Inde : vers un avenir commun », cette rencontre a réuni notamment le ministre d’État indien aux Affaires extérieures, Kirti Vardhan Singh, ainsi que plusieurs ambassadeurs africains, diplomates, chercheurs et experts. Le MP-IDSA, qui relève du ministère indien de la Défense, est l’un des principaux centres de réflexion en Inde sur les questions stratégiques.

Le quatrième Sommet du Forum Inde-Afrique, prévu la semaine prochaine à New Delhi, devrait concrétiser ces appels à un partenariat renouvelé. Les discussions porteront sur les mécanismes de financement flexibles, le transfert de technologies et le renforcement des capacités locales, conformément aux priorités africaines.

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