Transition énergétique : le Maroc progresse mais reste classé 72e mondial

Transition énergétique : le Maroc progresse mais reste classé 72e mondial

Le Maroc poursuit sa transition énergétique, mais son classement mondial indique que les efforts entrepris ne suffisent pas encore à hisser le Royaume parmi les nations les mieux préparées à relever les défis climatiques. Selon le dernier rapport de l’Indice de transition énergétique (ETI) publié par le Forum économique mondial, le Maroc se classe au 72e rang mondial sur 120 pays évalués, avec un score de 56,7 sur 100.

Ce score, en légère hausse par rapport à l’année précédente, reflète une amélioration mesurée de la performance énergétique du pays. Le rapport analyse la capacité des nations à équilibrer les trois dimensions de la transition : la sécurité énergétique, l’équité énergétique et la durabilité environnementale. Dans ce cadre, le Maroc obtient des résultats contrastés.

Progrès dans les énergies renouvelables

Le Royaume a considérablement développé sa capacité de production d’énergie solaire et éolienne au cours de la dernière décennie. La centrale solaire Noor à Ouarzazate, l’une des plus grandes au monde, ainsi que les parcs éoliens de Tarfaya et de Laâyoune, illustrent cette dynamique. La part des énergies renouvelables dans le mix électrique national a atteint environ 18 % en 2023, avec un objectif officiel de 52 % d’ici 2030.

Cependant, la dépendance persistante aux importations d’hydrocarbures, qui représentent encore plus de 80 % de la consommation énergétique primaire du pays, freine la progression globale. Le Maroc importe la quasi-totalité de son pétrole et de son gaz, ce qui le rend vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux et aux tensions géopolitiques.

Défis structurels et financiers

Le rapport souligne plusieurs obstacles structurels. Le taux d’électrification rurale, bien qu’en amélioration, reste inégal. Les subventions aux combustibles fossiles, bien que réduites ces dernières années, continuent de peser sur les finances publiques et de ralentir la transition vers des sources plus propres. Par ailleurs, le cadre réglementaire pour l’investissement privé dans les énergies renouvelables, notamment pour les petites et moyennes installations, manque encore de clarté et de stabilité.

Le financement de la transition constitue un autre défi majeur. Les besoins d’investissement sont estimés à plusieurs milliards de dollars pour atteindre les objectifs de capacité renouvelable et d’efficacité énergétique. Le Maroc bénéficie de financements internationaux, notamment via la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement, mais les montants alloués restent en deçà des besoins identifiés.

Comparaison régionale et positions

Au niveau régional, le Maroc se classe deuxième en Afrique du Nord derrière la Tunisie (65e) et devant l’Algérie (88e) et la Libye (108e). Dans le monde arabe, le Royaume occupe la quatrième place, derrière les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar, qui bénéficient d’importantes ressources financières pour diversifier leurs mix énergétiques. Sur le continent africain, le Maroc se situe dans le premier tiers, aux côtés de l’Afrique du Sud et du Kenya.

Les experts du Forum économique mondial notent que le Maroc a mis en place une stratégie nationale ambitieuse, mais que son exécution pâtit de retards administratifs et de capacités techniques limitées dans certains secteurs. La faiblesse de l’efficacité énergétique dans les bâtiments et l’industrie est également pointée du doigt.

Perspectives et prochaines étapes

Le gouvernement marocain a annoncé, en début d’année, une révision de sa stratégie énergétique nationale. Celle-ci prévoit l’accélération des projets d’énergie solaire et éolienne, ainsi que le développement de l’hydrogène vert comme vecteur énergétique d’exportation. Un appel d’offres pour une première phase de production d’hydrogène vert est attendu d’ici la fin de l’année 2024.

Le Maroc devra également renforcer son réseau de transport et de distribution d’électricité pour intégrer une part croissante d’énergies intermittentes. La mise en œuvre de la loi sur l’autoproduction d’électricité, adoptée en 2022, devrait faciliter l’investissement privé dans les petites installations solaires, notamment pour les entreprises et les ménages.

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la capacité du Royaume à transformer ses ambitions en réalisations tangibles. La publication du prochain indice, prévue en juin 2025, permettra de mesurer l’impact des réformes en cours.

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