Mercato politique au Maroc : les transferts de personnalités s’intensifient à un mois du scrutin

Mercato politique au Maroc : les transferts de personnalités s’intensifient à un mois du scrutin

À un mois des élections législatives au Maroc, les mouvements de personnalités politiques entre les formations s’accélèrent, alimentant une concurrence accrue entre les principaux partis. Plusieurs analystes jugent cette édition du « mercato des partis » exceptionnelle par son ampleur et son rythme.

Durant le mois d’août, les transferts d’Othmane Badil et de Manal Badil du Rassemblement national des indépendants (RNI) vers le Parti Authenticité et Modernité (PAM) ont particulièrement retenu l’attention. Othmane Badil se présente dans la circonscription de Settat, tandis que Manal Badil brigue un siège à Berrechid sous les couleurs du PAM.

Ces ralliements interviennent dans un contexte de tension entre les deux formations, le RNI accusant le PAM de chercher à attirer plusieurs de ses élus et candidats. Les intéressés ont justifié leur choix par une décision politique mûrement réfléchie, évoquant le « tracteur », symbole électoral du PAM.

Des mouvements notables dans plusieurs circonscriptions

À Fès, Rim Chabat a été désignée tête de liste du Mouvement populaire dans la circonscription de Fès-Nord, après avoir été liée au Parti de l’Istiqlal. Le parti a également investi Khalid Al-Ajli comme tête de liste à Fès-Sud, ce dernier étant issu du RNI. Ces deux candidatures ont été officialisées lors d’une rencontre du Mouvement populaire tenue le 19 août.

De son côté, Abderrahim Bouaida a annoncé en août son départ du Parti de l’Istiqlal, faute d’avoir obtenu l’investiture pour les prochaines élections dans la circonscription de Guelmim. Des spéculations circulent sur un éventuel retour au Parti du progrès et du socialisme (PPS), dont il a déjà été membre.

Un phénomène structurel selon les analystes

Pour Charifa Lamouir, analyste politique, « le phénomène de la transhumance politique est indissociable du paysage politique marocain, malgré toutes les approches et les efforts entrepris pour le contenir ». Elle estime que cette pratique répond souvent à des objectifs éloignés des préoccupations des citoyens.

« Les faits montrent que les partis politiques s’appuient de plus en plus sur les notables lors des différentes échéances électorales, ce qui a contribué à l’affaiblissement de leurs fonctions idéologiques et doctrinales », explique-t-elle. L’analyste ajoute que cette dépendance excessive a transformé les partis en « simples structures électorales dépourvues de véritables idées et références politiques ».

Selon elle, « l’ampleur actuelle du phénomène reflète l’importance de l’enjeu que représentent pour ces formations la conquête du plus grand nombre de voix et de sièges parlementaires ». Cette bataille électorale est étroitement liée à la course pour participer à ce que certains qualifient déjà de « gouvernement du Mondial ».

« Ces grands enjeux servent toutefois souvent de levier à des calculs individuels, alors même que la prochaine étape s’annonce déterminante avec plusieurs projets majeurs sur lesquels le Maroc mise aux niveaux régional et continental », souligne-t-elle. Elle précise que « la phase la plus visible de la transhumance politique s’achève généralement avant l’annonce des résultats. Les alliances politiques ne se construisent pas sur l’affect ; l’impact de ces mouvements reste donc essentiellement limité à la période précédant le vote ».

« En revanche, la compétition entre partis et les stratégies d’influence se poursuivent lors de la formation des futures coalitions », conclut-elle. Elle observe une « guerre discrète mais intense entre les partis politiques, avant même le lancement officiel de la campagne électorale, ce qui illustre clairement le conflit d’intérêts qui sous-tend ces mouvements ».

Pour Mohamed Chaqir, écrivain et analyste politique, « à l’approche de chaque échéance électorale au Maroc, le phénomène de la transhumance politique gagne en intensité par rapport aux scrutins précédents ». Il souligne que « la vague actuelle intervient dans un contexte de concurrence particulièrement vive et sans précédent entre les différentes formations, notamment les partis de la majorité, qui cherchent à tirer profit de leur poids politique pour consolider leurs positions ».

Chaque parti poursuit, selon lui, un objectif central : arriver en tête des résultats afin de prendre les rênes de ce qui est désormais désigné comme le « gouvernement du Mondial ». « Cet enjeu politique a considérablement renforcé la compétition et alimenté les transferts de candidats entre les différentes formations », explique-t-il.

Il estime également que cette dynamique révèle une transformation profonde des partis politiques, devenus « des boutiques électorales et des machines saisonnières de conquête des voix », après avoir progressivement abandonné leur mission d’encadrement et de sensibilisation au profit de la seule quête de sièges parlementaires. Les « notables » constituent, selon le même analyste, « la majorité de ces transfuges ».

Dans les semaines à venir, les partis devraient finaliser leurs listes de candidats avant le lancement officiel de la campagne électorale. Les observateurs s’attendent à de nouveaux mouvements, alors que la compétition pour la majorité parlementaire et la formation du prochain gouvernement s’intensifie.

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