Le Sénat espagnol relance le dossier de la délimitation maritime avec le Maroc autour du Mont Tropic

Le Sénat espagnol relance le dossier de la délimitation maritime avec le Maroc autour du Mont Tropic

Le Sénat espagnol a approuvé jeudi une proposition non législative demandant au gouvernement de Madrid de réactiver le groupe de travail chargé de négocier la délimitation des frontières maritimes entre l’Espagne et le Maroc. Cette initiative, portée par la commission des communautés autonomes, a recueilli 35 voix pour, 18 contre et 1 abstention. Elle intervient dans un contexte de tensions autour des ressources naturelles du fond marin, notamment dans la zone du Mont Tropic, située à environ 250 milles nautiques des îles Canaries.

Un enjeu économique et géopolitique

La proposition, présentée par le Groupe parlementaire plurinominal au Sénat (GPPLU), souligne l’importance géopolitique, économique et environnementale de la délimitation de ces espaces maritimes. Le texte insiste sur la nécessité de faire reconnaître les îles Canaries comme un archipel de plein droit au regard du droit international public. Selon les auteurs de la motion, cette reconnaissance permettrait de délimiter les eaux canariennes en tant qu’archipel et non comme un ensemble d’îles distinctes, ce qui renforcerait la position de Madrid dans les négociations avec Rabat.

La motion rappelle que la délimitation des eaux canariennes et la compétence sur celles-ci ont déjà suscité des polémiques et des intérêts géostratégiques. Elle évoque une « indétermination avec le Royaume du Maroc » qui se serait accentuée récemment en raison de la découverte de tellure, de cobalt et de terres rares à proximité du Mont Tropic. Ces ressources sont considérées comme des matières premières critiques, essentielles à la fabrication de technologies telles que les panneaux solaires et les batteries pour véhicules électriques.

Des motivations économiques assumées

Les sénateurs à l’origine de la proposition reconnaissent que leur démarche répond à des motivations économiques et géopolitiques. Ils estiment qu’une grande partie des technologies actuelles et futures dépendra largement de ces matières premières critiques. Le texte établit également un lien entre la volonté de prendre le contrôle des gisements potentiels de terres rares proches des eaux canariennes et la garantie que les extractions futures se fassent sans mettre en péril les écosystèmes marins ou le secteur touristique de l’archipel.

Dans cette optique, les auteurs de la motion dépassent le cadre strictement espagnol. Ils considèrent que le contrôle du Mont Tropic par l’Union européenne contribuerait à la diversification de ses approvisionnements et à sa capacité de rivaliser avec les grandes puissances internationales. Ils citent notamment la Chine, qui a réussi à s’approprier une part importante des réserves mondiales de terres rares, et soulignent que leur obtention sera déterminante à l’avenir.

Contexte des relations hispano-marocaines

Cette initiative du Sénat espagnol s’inscrit dans un contexte de relations complexes entre Madrid et Rabat. La question de la délimitation des espaces maritimes entre les deux pays reste un dossier sensible, notamment depuis la découverte de ressources stratégiques dans la région du Mont Tropic. Le Maroc n’a pas encore réagi officiellement à cette proposition non législative, qui n’a pas de caractère contraignant pour le gouvernement espagnol.

La demande du Sénat vise également à obtenir une reconnaissance internationale des activités maritimes des îles Canaries en tant qu’archipel disposant de tous les droits qui lui sont attachés. Selon le texte consulté, cette reconnaissance serait fondée sur le droit international public et permettrait de délimiter les espaces maritimes correspondant aux Canaries en tant qu’archipel et non en tant qu’îles séparées.

Prochaines étapes

La proposition approuvée par la commission des communautés autonomes du Sénat espagnol n’a pas force de loi. Elle constitue une recommandation adressée au gouvernement de Madrid. Il appartient désormais à l’exécutif espagnol de décider s’il donne suite à cette demande et s’il engage des discussions avec le Maroc pour réactiver le groupe de travail bilatéral sur la délimitation des frontières maritimes. Aucun calendrier n’a été annoncé pour l’instant. Le dossier pourrait toutefois revenir sur le devant de la scène diplomatique dans les prochains mois, alors que les enjeux liés aux matières premières critiques prennent une importance croissante dans les relations internationales.

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