Le ministère espagnol de la Défense a annoncé avoir transmis à la justice, mercredi, un rapport portant sur des accusations susceptibles d’être qualifiées de torture et de traitements inhumains infligés à des migrants à Sebta, territoire occupé. Les principales unités mises en cause sont des unités militaires espagnoles.
Cette transmission fait suite à la publication d’un rapport de l’organisation non gouvernementale Amnesty International dénonçant plusieurs faits graves de traitements dégradants visant des migrants ayant effectué le passage à Sebta les 30 et 31 juillet derniers.
Selon l’agence de presse ibérique Europa Press, le dossier visant des militaires espagnols a été transmis au tribunal de permanence de Sebta. Une enquête devrait suivre afin d’établir les responsabilités individuelles.
Le contenu du rapport d’Amnesty International
Amnesty International a publié un rapport fondé sur une mission d’information effectuée à Sebta du 10 au 15 septembre. L’organisation affirme avoir recueilli 65 témoignages de personnes originaires du Maroc, d’Algérie, de Somalie et du Yémen.
Parmi ces témoignages figurent ceux de 31 mineurs âgés de 13 à 17 ans et de 26 femmes, dont deux étaient enceintes.
Le rapport fait état de plusieurs cas documentés. Deux jeunes Marocains interrogés ont montré des blessures à la tête. L’un d’eux a déclaré avoir été contraint de s’agenouiller avant d’être battu.
Un autre jeune Marocain a raconté être resté paralysé pendant 25 jours après avoir été poussé d’une hauteur par un soldat.
Un autre garçon marocain et un Algérien ont indiqué avoir été battus à plusieurs reprises à coups de matraque et de poing alors qu’ils étaient immobilisés avec des colliers de serrage.
L’ONG rapporte également des témoignages faisant état de vol d’argent, de confiscation et de destruction de téléphones portables, de harcèlement notamment sexuel envers les femmes, ainsi que d’agressions physiques. Tous ces actes sont attribués à des soldats espagnols.
Amnesty International attribue ces pratiques en particulier à des unités des Regulares et de la Légion.
Réactions officielles et enquête interne
Le ministère espagnol de la Défense a ordonné une enquête interne pour déterminer les responsabilités individuelles.
Le ministre a indiqué avoir transmis le rapport au parquet et au tribunal de permanence de Sebta. Il a également déclaré avoir exhorté le commandement des opérations (MOPS) à mener une enquête et à déterminer les responsabilités individuelles afin de préserver l’honneur et la réputation des forces armées, selon Europa Press.
Contexte migratoire et climat social en Espagne
La vague de migrants à Sebta, largement médiatisée, a provoqué une recrudescence et une libération de la parole raciste en Espagne, notamment au sein de groupes ultra-nationalistes et néo-nazis.
De nombreux Marocains se trouvant en Espagne se sont dits inquiets des répercussions sur leur vie quotidienne dans le pays.
Les autorités espagnoles n’ont pas précisé de calendrier pour la conclusion de l’enquête judiciaire ouverte à Sebta. L’enquête interne ordonnée par le ministère de la Défense devra établir les responsabilités individuelles des militaires mis en cause.
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