Sahara marocain : la position sud-africaine isolée sur la scène continentale

Sahara marocain : la position sud-africaine isolée sur la scène continentale

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a officiellement accrédité un nouveau représentant du Front Polisario, réaffirmant ainsi le soutien diplomatique de Pretoria à la thèse séparatiste. Cette décision, intervenue récemment, intervient dans un contexte où la dynamique continentale est largement favorable à la position marocaine et où le plan d’autonomie proposé par Rabat est considéré par un nombre croissant d’États comme la base la plus crédible pour un règlement.

Cette initiative de l’Afrique du Sud souligne la continuité d’une ligne diplomatique héritée de l’ANC, historiquement alignée sur les positions algériennes. Cependant, cette posture apparaît de plus en plus isolée, aussi bien au niveau international qu’en interne.

Des divisions politiques internes en Afrique du Sud

La position sud-africaine sur le Sahara marocain, longtemps présentée comme unanime, montre désormais des signes de fissure. L’ancien président Jacob Zuma, aujourd’hui à la tête du parti uMkhonto weSizwe, a publiquement rompu avec la doctrine officielle de l’ANC. Il a exprimé son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara et à l’initiative d’autonomie présentée par le Maroc en 2007.

Cette prise de position traduit une évolution notable dans le paysage politique sud-africain, où la question saharienne relevait jusqu’à présent d’un consensus idéologique quasi automatique. Elle révèle également un certain malaise face à une ligne diplomatique perçue par certains acteurs locaux comme dépassée.

Un isolement croissant sur la scène africaine

Les équilibres diplomatiques en Afrique ont significativement évolué ces dernières années. Le nombre d’États reconnaissant l’entité séparatiste a diminué, tandis que le soutien au plan marocain d’autonomie s’est élargi. Plusieurs pays africains ont réajusté leurs positions, ouvrant des consulats généraux dans les provinces du Sud, à Laâyoune et Dakhla.

Dans ce contexte, la démarche de Pretoria est perçue par de nombreux observateurs comme une posture davantage motivée par une rivalité politique avec le Maroc que par un réel levier d’influence. Cette lecture est partagée par des experts et des responsables marocains.

La portée de l’action sud-africaine relativisée par Rabat

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a ouvertement relativisé l’impact de la position sud-africaine. Lors d’une conférence de presse à Rabat en février 2024, il a déclaré qu’il ne fallait pas donner à l’Afrique du Sud « plus que son importance et son réel poids » dans ce dossier.

Il a rappelé que 27 pays ont retiré leur reconnaissance de la pseudo-« RASD », y compris au sein de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Il a également souligné que l’Afrique du Sud n’a jamais réussi à infléchir les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU dans un sens défavorable au Maroc, malgré ses passages au sein de cet organe.

M. Bourita a aussi évoqué l’échec de la candidature sud-africaine face au Maroc lors de l’élection à la présidence du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2023, remportée par le royaume avec un écart significatif de voix, y compris africaines. Il a conclu que « l’agitation de l’Afrique du Sud n’a jamais eu et n’aura jamais d’effet sur le Maroc ».

Une posture analysée comme un réflexe politique

Pour Cheikh Boussaïd, chercheur en droit public spécialiste du dossier du Sahara, la récente accréditation relève avant tout d’un réflexe politique. Il estime que l’Afrique du Sud « s’inscrit dans une continuité idéologique, mais cette posture intervient dans un contexte marqué par l’isolement croissant du polisario ».

Une analyse partagée par Mohamed Fadel Bekkad, président du Centre d’études politiques et stratégiques du mouvement « Sahraouis pour la paix ». Il voit dans ce soutien une tentative de Pretoria de préserver un rôle continental face à la montée en puissance diplomatique du Maroc en Afrique. « Le soutien à la thèse séparatiste s’inscrit dans une logique de positionnement géopolitique, mais il ne correspond plus aux nouvelles réalités africaines », a-t-il indiqué.

Les prochaines étapes du dossier devraient se concentrer sur les discussions au sein des instances des Nations Unies, où le processus politique mené sous les auspices de l’Envoyé personnel du Secrétaire général reste le cadre exclusif reconnu. L’évolution des positions au sein de l’Union africaine et le renforcement continu de la présence diplomatique internationale dans les provinces du Sud marocain seront également des indicateurs clés de la dynamique générale.

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