À l’approche des échéances électorales du 23 septembre prochain, la circonscription de Casablanca-Anfa s’impose comme un terrain de confrontation majeur. Cette zone, qui constitue le cœur économique de la métropole, attire les convoitises des candidats et des partis politiques, conscients des enjeux stratégiques qu’elle représente.
Bien que comptant parmi les plus petites circonscriptions de la préfecture de Casablanca, Anfa se distingue par une densité économique exceptionnelle. Elle abrite notamment le pôle financier de la ville, les principaux marchés commerciaux tels que Derb Omar, Derb Ghallef et Morocco Mall, ainsi que le pôle touristique de la corniche d’Aïn Diab, avec ses grands hôtels et institutions financières. Cette concentration d’activités rend l’obtention de l’un des quatre sièges parlementaires attribués à la circonscription particulièrement disputée.
La difficulté de décrocher un mandat s’est encore accrue lors des prochaines élections en raison de plusieurs facteurs. D’une part, l’opération de relogement des habitants de l’ancienne médina, dans le cadre du projet d’aménagement de l’avenue Royale, modifie la composition démographique de l’électorat. D’autre part, l’entrée en lice de concurrents de poids bouleverse les calculs traditionnels des partis.
Une recomposition politique en marche depuis 2021
Les dernières élections législatives du 8 septembre 2021 ont marqué un tournant dans cette circonscription. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) est arrivé en tête, renversant le rapport de force qui prévalait lors du scrutin de 2016, où le Parti de la justice et du développement (PJD) dominait.
Lors des élections de 2021, le candidat du RNI, Mohamed Chbak, président de l’arrondissement d’Anfa, a obtenu 16.146 voix, s’adjugeant le premier siège. Le Parti de l’Istiqlal, représenté par Hassan Berkani, actuel président de la Chambre régionale de commerce, d’industrie et de services, a terminé deuxième avec 6.139 voix. Le Parti authenticité et modernité (PAM) s’est emparé du troisième siège grâce à son candidat Saïd Naciri, alors président du Wydad de Casablanca, qui a recueilli 3.713 voix. Le PJD a dû se contenter de la quatrième place, avec Abdessamad Hayker, alors vice-maire de Casablanca, obtenant 2.999 voix.
Les partis de gauche, de leur côté, sont restés aux portes de l’hémicycle. Le Parti socialiste unifié (PSU), représenté par Abdellah Aba Aqil, a totalisé 2.162 voix, suivi de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), avec Ibrahim Rachidi, crédité de 1.707 voix. La Fédération de la gauche démocratique, menée par Mustapha Chennawi, a recueilli 1.359 voix.
2016, l’année de la percée islamiste et de la gauche unie
Les élections du 7 octobre 2016 avaient révélé une configuration politique différente. Le PJD, via son tête de liste Abdessamad Hayker, avait obtenu deux sièges avec 30.617 voix, consolidant sa position dominante dans la circonscription. Le PAM, avec Saïd Naciri en tête, avait remporté un siège grâce à 10.380 suffrages. Le quatrième siège était revenu à Mustapha Chennawi, candidat de la Fédération de la gauche démocratique, avec 6.629 voix.
Cette élection avait notamment été marquée par l’échec de Yasmina Baddou, figure du Parti de l’Istiqlal, qui n’avait pas obtenu de siège avec seulement 5.730 voix. Le RNI, représenté par Mohamed Chbak, avait totalisé 5.306 voix, et l’USFP, avec Kamal Daïssaoui, 3.477 voix.
Une érosion électorale du PJD et une gauche dispersée
Entre 2016 et 2021, la carte électorale d’Anfa a connu des bouleversements notables. Le PJD, qui avait conquis deux sièges en 2016, n’a conservé qu’un seul mandat en 2021, en quatrième position. Le nombre de voix obtenues par le parti a chuté de manière spectaculaire, passant de 30.617 à moins de 3.000, reflétant une érosion significative de sa base électorale.
Les formations de gauche, de leur côté, n’ont pas su capitaliser sur leurs différences. Alors qu’elles s’étaient présentées unies en 2016 au sein de la Fédération de la gauche démocratique, elles se sont présentées séparément en 2021, ce qui a fragmenté leurs électorats respectifs. Cette dispersion a profité aux partis mieux organisés, notamment le RNI et le PAM.
L’issue du scrutin de septembre prochain reste donc incertaine. Les partis politiques peaufinent leurs stratégies et leurs alliances, tandis que la nouvelle configuration démographique de la circonscription, liée au relogement des habitants de l’ancienne médina, pourrait modifier les équilibres traditionnels. Les candidats devront également composer avec l’émergence de nouveaux acteurs et une électorat de plus en plus volatil.
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